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lundi 9 juin 2014

Italie : la louve, blessée, peut-elle encore rugir ?

Un 4-3-2-1 où on ne va pas rigoler
Prenez tous les commentateurs et secouez leurs pronostics : eh bien, aucun ne donnera l'Italie comme vainqueur potentiel préférant l'Espagne, le Brésil ou même la Belgique. Comme en 2006, donc. C'est d'autant plus curieux que les Azzurri restent sur de très bonnes performances entre la finale à l'Euro 2012 et une demi-finale au couteau à la coupe de confédérations, toutes les 2 perdues face à l'Espagne.

D'autant plus que tactiquement, Cesare Prandelli affiche sans doute une imagination tout à fait excitante face à l'armada de 4-3-3 qui se profile (Brésil, Espagne, France, Belgique, Argentine). Dans les faits, il est à peu près impossible de prévoir le dispositif qu'affichera la Squadra Azzurra qui a alterné un 3-4-2-1, un 4-1-4-1, un 4-3-2-1 (le "sapin de Noël"), le 4-4-2 losange et même le 4-3-3. Essayons tout de même.

Si la campagne de qualification s'est déroulée sans anicroche face à des équipes qui n'étaient pas des cadors (Bulgarie, Danemark, Arménie), les matches de préparation, en revanche, ont été un chemin de croix : après le match face à l'Eire où Montolivo s'est cassé la jambe, les Azzurri ont concédé un humiliant nul à domicile face au Luxembourg.

Montolivo out, le 4-4-2 losange, toujours très mode en Italie, a du plomb dans l'aile. Il est vraisemblable que les transalpins voudront se rassurer avec l'un des 2 dispositifs qu'ils connaissent le mieux le 4-3-2-1 ou le 3-4-2-1.

Le 3-4-2-1 (ou das une version 3-5-2) offre des repères tactiques aux joueurs de la Juve qui jouent dans un dispositif proche. En outre, ce dispositif semble adapté face à des équipes fortes, qui jouent sur la largeur et un football de possession. ll est vraisemblable que dès lors, la triplette défensive Bonucci / Barzagli / Chiellini joue devant Buffon (alternative : De Rossi au centre). Mais, problème, ni Maggio, Ni Pasqual, ni Balzaretti, les joueurs de couloir aptes à fonctionner dans ce dispositif ne seront présents au Brésil. Abate devrait faire l'affaire sur le côté droit tandis que Di Sciglio et Damian se battraient pour le flanc gauche. Au milieu, De Rossi devrait protéger Pirlo. Qui devant ? Rossi blessé et Osvaldo non sélectionné, on pourrait penser qu'un boulevard s'offre à Balotelli, peu en verve ces cerniers temps mais que Prandelli a toujours apprécié. La rumeur veut qu'Immobile tienne la corde au vu de ses récentes performances même s'il semble encore un peu juste pour débuter en coupe du monde : une solution alternative si "super-mario" déçoit.

Le 2 situé derrière Balotelli pourrait être composé de Candreva et Marchisio. Ces 2 joueurs possèdent le créativité offensive mais aussi la discipline nécessaire pour solidifier la Squadra Azzurra. A noter que le laziale sort d'une très bonne saison avec son club. Il semble inimaginable que Prandelli s'en passe dans ce dispositif. En revanche, en 3-5-2, Cerci et Immobile, donc, tiennent la corde pour remplacer Candreva.  Seul problème mais de taille le manque de largeur, tant défensive (les latéraux peuvent être débordés si le couple ailier / latéral adverse s'avance) qu'offensive de ce dispositif. Ni Candreva, ni Marchisio ne sont nominalement des ailiers et l'on risque de se retrouver les latéraux adverses avec des boulevards devant eux. Et l'on est confronté au problème N°1, l'absence des joueurs de couloir.

Il est donc probable que Prandelli opte pour un arbre de Noël, quelque peu décalé au Brésil. Dans ce cas, Chiellini glisse sur le côté gauche et Abate conserve le droit. Le rôle des 3 milieux de terrain, en coulissant, peut offrir une protection aux latéraux. Le joueur qui tient la corde pour occuper la place additionnelle est Verratti, qui s'inscrit dans le milieu à 3 du PSG. Le 2-1 de devant demeure identique au système précédent. Quoiqu'il en soit Le manque de largeur dans le jeu devrait être la principale faiblesse des italiens au Brésil, ce qui pourrait être un problème face à l'Angleterre au premier tour.

Conclusion : échaudé par les contre-performances des siens, il est probable que Prandelli opte pour un dispositif compact. Devant l'absence de joueurs de couloir aptes à faire la piston et de Montolivo, le choix tactique du technicien italien s'est réduit comme peau de chagrin. Le 4-3-2-1 semble la moins mauvaise des options. De bien belles migraines tactiques en perspectives. Qu'attendre de la Squadra Azzurra dans cette coupe du monde ? Avec eux, toujours la même chose, personne ne les attend et ils se retrouvent en finale ou alors ils se crashent dès le premier tour dans un groupe difficile qui les verra affronter l'Angleterre, l'Uruguay et le Costa-Rica.

Footballistico

mardi 25 septembre 2012

Marco Verratti, portrait robot du nouveau N°6, le "Makelolo"

Dans la lutte aussi vieille que le football entre création et destruction, le N°6 jouit d'une réputation particulière.

Pour comprendre l'origine du N°6, il faut remonter aux années 50. A l'époque, les principales équipes jouent en WM. Mais les hongrois vont innover en faisant reculer leur avant-centre (Hidegkuti) derrière les 2 pointes du W (en l'occurrence Puskas et Kocsis). Le fameux N°10, qui allait dicter le tempo pendant les 4 décennies suivantes, était né.

En un sens, tout a changé derrière le N°10 mais les meilleures équipes jouaient toujours avec un "trequartistas", entre les milieux et la défense, derrière les 2 attaquants (Platini, Maradona, Zidane, Pelé). Presque tous les plus grands joueurs ont occupé ce poste. Et puis, les équipes se sont adaptées et ont cherché à annihiler le talent des meneurs de jeu. Pour ce faire, elles ont positionné un milieu devant la défense. Celui-ci n'était pas seulement chargé de surveiller sa zone mais aussi d'intercepter les passes par son placement, de tacler et de perturber le jeu du N°10. Prix à payer : son apport offensif est normalement très faible. Il demeure assez bas sur le pré. En outre, sa technique est plutôt frustre. Il est souvent le premier relanceur de son équipe mais il le fait via des passes courtes, souvent latérales qui permettent d'éviter une perte de balle immédiate. Enfin, il fait preuve d'une activité inlassable et possède un goût du duel très affirmé.

Ce rôle de destructeur, dont Makélélé fut l'archétype (et John Obi Mikel son disciple) a peu à peu poussé les joueurs les plus brillants vers les côtés (Ribéry, Ronaldo, Müller, Neymar) ou un cran devant (Messi, Rooney) reléguant les numéros 10 au rang de curiosité sud-américaine (Pastore). Ceci dit, il fallait bien organiser le jeu : ici intervient le meneur reculé. Le parfait exemple en est Pirlo : positionné plus bas, celui-ci n'a pas à craindre un pressing adverse intense. Il peut distribuer le jeu, via des ouvertures longues, il est libre de monter s'il le juge utile. Rançon du succès : c'est un joueur qui est naturellement peu porté sur la défensive et donc moins apte à perturber les attaques adverses. Ses montées peuvent constituer un danger en découvrant son camp. Il doit souvent être protégé de près par un autre milieu défensif pour le couvrir en cas de rush adverse (Gattuso au Milan AC, De Rossi chez les Azzurri).

Mais quid si un "hybride" apparaît ? Un mélange d'agressivité et de créativité ? Celui-ci existe, il s'appelle Marco Verratti et préfigure les nouveaux N°6, capables de verticalité ET teigneux, décisifs MAIS prudents.

Voyons cela en statistiques :

  1. Le N°6 destructeur. John Obi Mikel possède des statistiques simples : il effectue le plus de passes de son équipe avec un taux de succès très important. Il procède donc en passes courtes (2,2 par match) , prend peu de risques, ne tire quasiment pas, ne marque dons pas et ne réalise aucune passe décisive. Il tacle raisonnablement mais surtout intercepte beaucoup (2,2 par match).
  2. Le N°6 meneur reculé. Pirlo écrase les autres joueurs de la Juve en nombre de passes par match (81 contre 67 pour le second, le défenseur Chiellini) mais est loin d'être le plus précis. En cause, un plus grand nombre de passes longues (9 par match) et une présence plus importante dans le camp adverse. Il tire plus, marque et fait des passes décisives. Défensivement, Pirlo tacle mais mal et intercepte peu (1 ballon par match).
  3. Enfin le "Makélolo", Marco Verratti, donc. Celui-ci possède des statistiques, eh bien, intermédiaires. Il n'est pas devant en nombre de passes (signe qu'il n'est pas un passage obligé dès que son équipe récupère la balle) et en taux de succès. Il effectue 5 passes longues et réalise presque 2 interceptions par match tout en réussissant ses tacles. Il ne tire jamais mais grâce à sa précision sur passes longues a déjà réussi 2 passes décisives. Il met ses partenaires du milieu à l'aise offensivement (Matuidi, Chantôme) et rend ainsi redondant un profil de milieu défensif à ses côtés (Thiago Motta). 
Marco Verratti préfigure-t-il le futur N°6 ou restera-t-il un cas isolé ? Notre anticipation est que son profil va être recherché par tous les entraîneurs de la planète. Voici pourquoi :
  1.  Il est parfaitement adapté en milieu reculé dans les dispositifs 4-4-2 losange, 4-3-3 (le dispositif à la mode) ou 3-5-2.  Il sécurise ses coéquipiers défensivement mais offre aussi une solution dès que l'équipe récupère le ballon et peut se montrer décisif en contre. En revanche, il est vrai que dans les milieux à 2 (4-2-3-1, 4-4-2 à plat), sa polyvalence peut être un obstacle, sachant qu'un entraîneur préférera 2 joueurs au profil plus marqué : typiquement un couple destructeur / relayeur (Mikel / Lampard).
  2. La proximité des lignes le rend décisif lorsqu'il parvient à marier récupération puis passe longue dans un même mouvement, ce qu'aucun autre profil ne parvient à réaliser, surtout si ses partenaires parviennent à "gicler" suffisamment vite.
  3. Enfin, sa polyvalence le rend précieux pour gérer des temps de jeu où la tactique initiale est modifiée (afin de gérer le score par exemple) ou si l'équipe doit faire l'objet d'un réajustement tactique.
On doit donc s'attendre à voir se multiplier les clones du petit italien du PSG dans les années à venir.

Footballistico

samedi 9 juin 2012

Euro 2012 : l'Italie, opération "pieds propres"

La préparation de l'Italie a été sérieusement perturbée par les affaires de paris clandestins. C'est sportivement dommage car, confronté à la nécessité de changer face aux résultats catastrophiques de la Squadra Azzurra en 2010, Cesare Prandelli a effectué une large revue d'effectif, donné sa chance aux jeunes tout en s'appuyant sur les valeurs sûres d'une Juve en pleine renaissance.


Facilement qualifié en gagnant 8 de ses 10 matches (dans un groupe facile, il est vrai), l'Italie a inquiété lors de sa préparation (défaite 3 - 0 face à la Russie) et semble douter. 

Si l'ancien coach de la Fiorentina a commencé en 4 - 3 - 3, il a peu à peu abandonné ce système pour le faire évoluer en 4 - 4 - 2 losange, la formation favorite des clubs de la péninsule.

Néanmoins, plutôt qu'une formation classique au milieu avec 1 sentinelle, 2 milieux latéraux et 1 meneur, l'Italie se présente presque avec un losange à l'envers. Le meneur de jeu se trouve devant la défense, c'est Pirlo, qui distille le jeu pour ses coéquipiers. En terme de latéral, on trouve 2 milieux plutôt défensifs (De Rossi, Marchisio), censés protéger Pirlo et renforcer la digue devant la défense des Azzurri. C'est Montolivo, le joueur de la Fiorentina, qui joue en milieu avancé même s'il ne possède pas réellement un profil offensif. Il est vraisemblable que devant Pirlo, les 3 milieux se relaient pour porter le danger dans le camp adverse.

Le problème est évidemment double :

- le 4 - 4 - 2 losange manque naturellement de largeur mais avec les choix effectués par Prandelli (4 milieux centraux), ce défaut risque d'être exacerbé.
- Pirlo n'étant pas un milieu défensif classique, il oblige toujours un coéquipier à rester près de lui en phase offensive, ce qui va limiter les options offensive de la Squadra.

La solution passera évidemment par les latéraux, que Prandelli a choisi plutôt offensifs : Maggio joue avancé dans le 3 - 4 - 3 de Naples et Balzaretti se projette vers l'avant à Palerme. Par ailleurs, il est vraisemblable que les 2 de devant (Balotelli et Cassano) dérivent vers l'aile pour apporter un peu de largeur au jeu.

En parlant du 2 de devant, ils forment le duo le plus improbable de l'Euro : Cassano a failli mourir à cause de son cœur et on ignore encore son réel état de forme. Quant à Balotelli, il peut devenir le premier héros black de l'histoire italienne (le dernier c'était Scipion l'Africain mais il jouait dans le camp d'en face) ou s'engueuler avec tous ses coéquipiers en les traitant de nouilles. 

Pour finir, certaines valeurs sont éternelles et en Italie on ne badine pas avec la qualité des défenseurs centraux. Ce sont 2 arrières de la Juve qui tiendront la baraque : Chiellini, auteur d'une saison exceptionnelle, mais plutôt en tant que latéral gauche, et Bonucci. Même si le back four n'est pas le plus impressionnant de l'histoire de la Squadra Azzura, il est peut être le meilleur des grandes nations européennes.

Conclusion : il est peu probable que l'Italie emporte cet Euro mais le fait de tomber face à l'Espagne au premier tour devrait permettre d'appréhender sa véritable valeur...pour la coupe du monde 2014.

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