mardi 5 novembre 2013

Lille - Monaco : le LOSC étouffe l'armada monégasque

Les compos de départ
Le sommet improbable de la ligue 1 opposait dimanche soir le LOSC à l'ASM. Les protégés de Ranieri se présentaient dans leur 4-2-3-1. Raggi était préféré à Fabinho et James Rodriguez à Ocampos sur le côté gauche. Lille affichait son son 4-3-1-2 (ou 4-4-2 losange) , avec Rodelin derrière les 2 attaquants. Sidibé remplaçait Franck Béria poste pour poste.

Un petit mot en introduction sur le 4-4-2 de René Girard. A priori, ce type de dispositif est adapté lorsque l'effectif possède 2 grands attaquants et un très bon numéro 10 (la pointe avancée du losange). Ce choix du coach Lillois s'est un peu imposé par défaut (départ de Payet et Thauvin, défaite à Reims en 4-3-3) et a fini par devenir le choix privilégié. Étonnamment, il survit même lorsque Martin est blessé, avec un Rodelin dont l'apport créatif est moins évident que l'ancien sochalien. Les 2 défauts quasi rédhibitoires du système Lillois (trop grande dépendance au N°10 pour la construction offensive et absence de présence dans les couloirs) sont de fait devenus des forces face à Monaco. Voici comment.

Première mi-temps :

Le match commençait sur un rythme haché : les 2 équipes commettaient de nombreuses fautes comme si elles jaugeaient leur agressivité. L'un des phénomènes marquants de cette période fut l'étouffement que subit l'ASM au milieu de terrain. Dans les faits, Lille profita de son avantage au centre du terrain : 4 contre 3 du moins tant que Monaco ne prenait pas les ailes. Or, ce fut là que le bât monégasque blessa.

En théorie, il est assez simple de déstabiliser le le 4-3-1-2 : attaquer à 2 sur les flancs de l'attaque oblige un des milieux à se déporter pour couvrir son latéral offrant ainsi des brèches au milieu du terrain. Malheureusement, Ranieri avait sacrifié son côté droit avec un Raggi beaucoup moins offensif que Fabinho et un Rodriguez qui eut rapidement tendance à se recentrer, soit pour contrebalancer la supériorité lilloise au centre du terrain, soit par inclination naturelle pour se mettre sur son pied gauche. Le positionnement du colombien surprit un peu les lillois en début de partie (belle action 6ème minute) avant que Gueye ne s'en occupe plus directement lorsqu'il prenait l'intérieur.

Côté gauche, Kurzawa eut du mal à se situer au début de son match car les 2 attaquants lillois, notamment Nolan Roux eurent tendance à venir dans sa zone. Le jeune latéral monégasque eut du mal à s'imposer défensivement, notamment face à Salomon Kalou et fit montre de ses limites physiques.

Toutefois, au-delà de la domination lilloise au milieu, le vrai point fort de l'équipe fut l'étonnante complémentarité des attaquants. Pendant que Salomon Kalou faisait parler sa puissance et jouait un rôle de pivot au centre, en remise.

Les passes de Kalou : plus de la moitié sont en retrait
Nolan Roux courrait de chaque côté du terrain et recevait les longues balles de ses partenaires. Dans les faits, offensivement, Lille joue SANS la tête de son losange, ce qui est tout de même paradoxal pour ce système.

Les passes reçues par Nolan Roux, une volonté de sauter le milieu de terrain

Toutefois, si Lille eut sans doute les situations les plus chaudes grâce notamment à la présence de Kalou, il ne faut pas exagérer leur emprise : Lille fut assez chanceux d'ouvrir la marque sur corner (leur second de la partie). Toutefois, jamais Monaco ne put se montrer menaçant en cette première période, sauf sur un ballon bêtement perdu par Kjaer.

Seconde période : Ranieri décida de faire entrer Rivière à la place de Ferreira Carrasco, ce qui occasionna un réajustement tactique : l'ASM pasait en 4-1-3-2, Toulalan demeurant seul devant la défense, Obaddi montant d'un cran à gauche, pendant que Moutinho allait occuper le flanc droit et que James Rodriguez se recentrait.

Si l'ancien stéphanois donna un peu de punch à l'ASM, le problème des ailes demeurait entier. Il empira même légèrement, Rodriguez et Moutinho ne semblant pas exactement comment se situer l'un par rapport à l'autre, pendant les 20 premières minutes. Toutefois, le talent du colombien, réel, et le potentiel offensif des monégasques auraient pu leur permettre de s'en sortir, notamment sur un petit ballon de Rodriguez pour Rivière (67ème) à un moment où le 3 du milieu lillois montrait des signes de fatigue. Le festival Enyeama pouvait commencer. Sur l'occasion suivante, Falcao récupérait un ballon dans la surface mais butait sur le gardien lillois. Sur le corner, les lillois récupéraient le ballon et lançaient un contre en 4 contre 2. But de Roux sur un bon décalage de Mavuba. La messe était dite.

Un des changements opérés par Ranieri à la fin du match laisse penser que les choix effectués par le coach monégasque auraient pu mieux aider son équipe dès l'entame. L'entrée de Fabinho à la place de Raggi eut pour effet de dynamiser le flanc droit monégasque. En 10 minutes sur la pelouse, le brésilien allait réussir plus de centres et de dribbles que le titulaire durant les 80 précédentes. Trop tard.

Conclusion : Lille n'est sans doute pas l'équipe la plus spectaculaire de L1 mais c'est, et de loin, la meilleure défense. Compact, bien organisés et épaulé par un gardien sorti d'on ne sait trop où (du Nigéria, apparemment, via Israël), l'équipe peut se payer le luxe de marquer sans meneur de jeu. Le retour de Marvin Martin pourrait encore apporter un plus aux dogues. Quant au PSG, il doit penser qu'une malédiction René Girard pèse sur ses pétro-dollars.

Au-delà des possibles erreurs d'appréciation de son coach, Monaco a perdu quelques illusions et se pose toujours une question lancinante : comment tirer le meilleur parti de son duo de créateurs surdoués, Rodriguez et Moutinho ?

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jeudi 24 octobre 2013

Athletic Bilbao - Villareal : de la mauvaise utilisation du 4-4-2

Villareal arrivait à San Mames avec une réputation flatteuse de promu doué. Le sous-marin jaune, rétrogradé en Liga Adelante en 2012 n'aura passé qu'une saison au purgatoire de la L2 espagnoles. Malgré l'épuration que ce genre d'opérations nécessite (Rossi, Nilmar, Valero), certains joueurs sont toujours là (Cani, Bruno, Musacchio) et l'équipe occupait le rang de 4ème de la Liga avant Lundi soir.


Ce qui n'a pas changé à Villareal, c'est le dispositif : les visiteurs se présentaient dans un 4-4-2 immuable, à plat avec les 2 "ailiers" ayant plutôt tendance à se recentrer (notamment Cani à gauche) et 2 attaquants assez vifs.

Bilbao se présentait en 4-2-3-1. Mikel Rico était préféré à Benat au sein du double pivot basque.

1ère mi-temps :

Le dispositif de Villareal est de nature très classique. Défensivement, l'équipe de Toral affiche 2 lignes de 4. Les 2 attaquants participent peu au travail défensif. Offensivement, les joueurs de Villareal ont plutôt tendance à trouver dans l'espace les rapides attaquants (notamment Giovanni), notamment en contre. Les visiteurs n'éprouvaient visiblement pas de problèmes à laisser le ballon à leurs hôtes et Bilbao dominait très vite la possession. Les basques s'emparaient rapidement des ailes. Ce fut surtout le cas du côté de Cani. Le meneur de jeu du Villareal ne sut jamais choisir entre le couloir et l'intérieur pour contrer les montées de Mikel Rico. Les basques profitaient donc très souvent de leur surnombre (2 contre 1) pour distiller des centres vers Arturiz. Au bout du match, Bilbao aura tenté 42 centres (dont 28 du côté droit) contre 12 à Villareal.

Malheureusement pour les visiteurs, même en termes offensifs, jamais ils ne purent prendre la mesure de leurs adversaires. Bilbao défendait assez bas, en se repliant dès la perte du ballon. Résultat, jamais Pereira ni Dos Santos ne purent trouver la profondeur qu'ils affectionnent.

L'un des duels clés fut celui opposant Cani à Mikel Rico. Le basque domina le meneur de jeu de Villareal défensivement et offensivement. Sur l'une de ses montées, Cani monta pour couvrir le centre d'Iraola laissant le milieu  basque créer le surnombre dans la surface. Un modèle de "box-to-box".

Le second but illustra bien la stratégie défensive de Bilbao : tous derrière et, occasionnellement, de longs ballons vers Aduriz si les ailes étaient bouchées. Sur l'un d'eux, Musacchio se troua et l'avant-centre ne se fit pas prier pour aggraver le score.

Enfin, pour clore cette mi-temps cauchemardesque, Bruno se fit exclure sur une faute de main. En 45 minutes, Villareal n'avait pas tenté un tir.

Seconde période : réduits à 10 et menés 2 à 0, Villareal ne pouvait pas espérer grand chose de la seconde période. Cependant, les 2 changements opérés par Toral (Trigueros à la place de Pereira, laissant le seul Giovanni en pointe) et Moi Gomes à la place d'Aquino eurent pour résultat de solidifier un peu le dispositif défensif des visiteurs. Bilbao poussa cependant pour faire valoir son avantage numérique mais les basques ne trouvaient plus la faille.

Vers l'heure de jeu, Villareal pointa même le bout de son nez, un joli ballon en profondeur de Moi Gomes atteignit Giovanni en pleine course mais l'attaquant mexicain ne put conclure face à Iraizoz.

Cette phase de jeu était l'illustration de ce qu'espérait réussir Villareal pendant tout le match. Mais ce fut trop tard et trop peu.

Conclusion : la quatrième place de Villareal n'est sans doute qu'un feu de paille ou alors l'équipe devra trouver rapidement un plan B face à des équipes qui opérent assez regroupées défensivement et qui sont capables d'écarter leur jeu offensif.

Bilbao comme d'autres (Espanyol, Real Sociedad) pourraient en profiter pour ravir au sous-marin jaune la dernière place enviée de la Liga, qualificative pour la ligue des champions.

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dimanche 6 octobre 2013

Inter - Roma : Garcia, de sergent à empereur

Quand Rudi Garcia est arrivé à Rome, dans la scepticisme général, personne ne donnait cher de sa peau. Au bout de 7 matches de Série A gagnés par la louve, tout le monde voit les romains gagner le scudetto.

Hier, la bande à Totti affrontait son test le plus sérieux depuis le début du championnat : l'Inter de Walter Mazzarri. Dans une certaine mesure, ce match était un affrontement d'hommes de systèmes. Le technicien italien était arrivé de Naples avec son 3-5-2 : une défense à 3, 2 joueurs de couloir. Une différence de taille avec ses années napolitaines : une seule pointe (Palacio) et un meneur de jeu situé derrière lui (Ricky) à la place du trio Hamsik, Lavezzi, Cavani. Rudi Garcia maintient sa préférence au 4-3-3, avec Totti au centre du trident offensif, un dispositif dont il a usé et abusé à Lille.

Première mi-temps : 

Assez vite le 3-5-2 de l'Inter apparut assez pataud face à la Roma :
  •  d'une part, s'il est efficace face à 2 attaquants, ce dispositif n'est pas optimum face à une seule pointe. En outre, Totti, qui n'est pas un vrai attaquant de pointe, eut tendance à décrocher et Ranocchia eut du mal à se situer face à ce positionnement : fallait-il suivre le romain ou le laisser à la charge de Cambiasso, le milieu le plus reculé ? Le jeune défenseur italien ne put jamais choisir. En outre, 3 défenseurs centraux c'est un joueur de champ de moins pour porter le danger dans le camp adverse.
  • les ailiers romains, Gervinho et Florenzi, loin d'occuper leurs côtés, plongèrent souvent dans le dos de Totti, dans des courses rentrantes vers l'intérieur. Ici, ils se retrouvèrent souvent lâchés par les joueurs de couloir interistes, face à Juan Jesus et Rolando, les centraux. Ceux-ci semblèrent bien lourds face aux feu follets romains.
  • par répercussion, les 2 joueurs de couloir semblèrent souvent incertains : fallait-il reculer pour prêter main forte défensivement ou au contraire attaquer bille en tête les latéraux romains ? En tout cas, l'Inter ne domina pas non plus les côtés.
Dans les faits, l'Inter fut donc inférieur dans tous les secteurs de jeu, incertain du schéma de jeu à appliquer alors que plusieurs joueurs 

Dès le début du match, la Roma sut porter le danger, notamment via le côté droit. Sur le premier but, la Roma sut faire apprécier la fluidité de son jeu et du placement de son trio d'attaque : Balzaretti remonta le ballon vers Pjanic, qui transmit à Gervinho, avant que celui-ci de remise en retrait vers Totti pour une belle frappe aux 20 mètres. Un mur de joueurs bleu et noir se trouvait face à Totti mais aucun n'était monté sur lui, désorientés par son placement.

L'Inter imposa ensuite un pressing assez intense aux visiteurs et connut sa meilleure période : les relances romaines étaient perturbées et Guarin sur un tir lointain, puis Alvarez eurent chacun l'occasion de mettre les 2 équipes à égalité. Malheureusement, l'Inter, haut placé, s'exposait aux contres des ailiers romains :
  • sur le second but, Gervinho fit admirer ses dribbles ondoyants et fut séché par Pereira provoquant un penalty
  • sur le troisième Florenzi, à droite pour une fois, était décalé par Strootman et finissait le travail d'une belle frappe croisée.
Gervinho : l'Ivoirien a tenté, et réussi, la moitié des
dribbles de son équipe (source Fourfourtwo)
Fluidité, rapidité, finition, tout y était et l'Inter reprenait le chemin des vestiaires la tête basse.


Seconde période :

Walter Mazzarri fit entrer Icardi (un attaquant) à la place d'un Alvaro Pereira dépassé. L'Inter passait sur une défense à 4, en décalant Juan Jesus. Rétrospectivement, ce fait est révélateur des problèmes de l'Inter en première période. Les locaux jouaient mieux mais avaient du mal à s'approcher de la surface adverse face à une Roma regroupée. Le plus souvent les périodes de possession s'achevaient par un tir lointain (seulement 3 tirs dans la surface sur 18 tentatives). Les visiteurs continuaient de placer des contres meurtriers : sur 2 d'entre eux, Florenzi et Gervinho furent à 2 doigts de corser l'addition.

Le match se déroulait : au fur et à mesure les cochas faisaient entrer des joueurs de plus en plus offensifs (Inter) ou défensifs (Roma) mais jamais les visiteurs ne semblèrent en mesure de remonter tout ou partie de leur retard. Même l'expulsion de Balzaretti, sur une faut bête au milieu du terrain ne changea rien à l'affaire : la Roma était hier la plus forte.

Conclusion : sans révolutionner l'équipe, mais en renforçant certains postes (réalisant au passage de solides plus-values), l'entraîneur français a changé en profondeur le jeu de la louve, en lui donnant rapidité, fluidité et solidité. Un exploit. Quant à Mazzarri, sa rigidité tactique semble avoir atteint ses limites : toutes les équipes n'ont pas la chance d'avoir un trio d'attaque aussi doué que celui qu'il a coaché à Naples.

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