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jeudi 12 juin 2014

Allemagne : le bon moment ?

Un 4 de devant, qui risque d'être chamboulé en cas de méforme
ou d'échec. Outsiders : Podolski, Klöse et même Kroos
Avant, c'est-à-dire jusqu'aux années 90, l'Allemagne était réputée pour ses attaquants de pointe sans pitié (Gerd Müller, Rummenigge), ses arrières (Beckenbauer, Vogts, Breitner) et ses gardiens. Les milieux étaient plutôt des porteurs d'eau rugueux, travailleurs sans génie, propres à détruire les offensives adverses plus qu'à créer. 20 ans et une révolution footballistique plus tard, c'est presque exactement le contraire, les allemands affichent un effectif rempli de milieux de terrain doués et techniques mais manquent cruellement d'un buteur et de défenseurs.

La crise est telle que Joachim Löw pourrait positionner en avant-centre et derrière des joueurs dont le poste de prédilection se situe au milieu. Voyons cela.

La Mannschaft affiche un 4-2-3-1 très fluide devant dans lequel Schweinsteiger dicte le tempo du jeu et l'autre joueur du double-pivot crée les décalages. En l'absence de Marco Reus, les joueurs clé devant pourraient être Thomas Müller ou Mario Götze, de par leur intelligence tactique et leur capacité à occuper tous les endroits de l'attaque, se transformant en casse-tête pour la défense adverse. Les allemands semblent armer pour trouver le bon équilibre entre les contres (leur arme principale en 2010) et le jeu placé, que les joueurs du Bayern, notamment, ont abondamment pratiqué.

Composition :

Dans les cages, on devrait retrouver Manuel Neuer. Le gardien munichois sort d'une bonne saison avec son club même si la hype née au moment de son transfert vers le club bavarois (le futur "meilleur gardien du monde") était peut-être surévaluée. En fait, le problème de Neuer est que le Bayern a tellement dominé la possession cette année qu'il a eu finalement peu d'occasions de se mettre en valeur. Et les 2 demi-finales face au Real n'ont pas rassuré, notamment sur les coups de pied arrêtés (autre point fort traditionnel des allemands un peu en déshérence).

L'un des latéraux devrait être Lahm, qui a occupé le poste de milieu toute la saison avec Guardiola. Il peut être positionné presque indifféremment à droite ou à gauche mais Löw n'a pas de solution alternative évidente, quel que soit le côté. Si Lahm est positionné à droite (sa position de prédilection), alors c'est le jeune Eric Durm qui devrait occuper le flanc gauche. Si Lahm passe à gauche, alors le poste de latéral droit pourrait échoir à Boateng (nominalement arrière central) ou à l'homme à tout faire de Dortmund, Kevin Grosskreutz. 

Au centre, même si Boateng et Mertesacker sont des arrières centraux décents, ils ne sont pas exempts de tout reproche. Mertesacker est un stoppeur à l'ancienne, lent et assez maladroit même s'il s'avère précieux sur les ballons aériens. Boateng est presque son exact inverse, bon dans la relance mais souvent dépassé dans les duels. Face à un Ronaldo recentré, ça pourrait ne pas le faire. Mats Hummels, qui sort, lui, d'une excellente saison à Dortmund, pourrait s'imposer même si la relance 

Le double-pivot devant la défense est une composante clé de l'équipe. Schweinsteiger est un titulaire certain. Ce joueur est tellement important depuis si longtemps au sein de la Mannschaft qu'on oublie qu'il n'a que 28 ans. Même si sa saison a été gênée par les blessures et qu'il semble moins à l'aise dans le système de Guardiola, il reste en sélection le véritable métronome par ses passes précises, longues et courtes. Il est probable que Scheiwni s'avance de plus en plus au fil de la partie pour porter le danger aux 30 mètres adverses si l'Allemagne n'arrive pas à prendre le dessus. A ses côtés, Löw dispose de 2 options, les "2 K", Khedira et Kroos. Le premier d'entre eux comble le léger manque d'agressivité défensive de Schweinsteiger par son travail et ses tacles. En outre, par son rôle de box-to-box midfielder, il vient constamment créer le surnombre dans la surface adverse. Toni Kroos est un joueur légèrement plus avancé, plus technique, davantage dans un registre de 10 reculé. Problème, face à une opposition forte, un duo de milieux défensifs Kroos / Schweinsteiger risque d'être un peu léger défensivement.

N° 10 ? : Devant, Löw a une multiplicité de compositions possibles, qu'il a  peu près toutes utilisées dans les matches de préparation. La place de N°10 revient logiquement à Mesut Özil. Mais si le meneur de jeu a tout cassé lors de son arrivé à Arsenal, il s'est progressivement éteint au fil de la saison. Özil semble en outre fragile psychologiquement, si tout ne tourne pas comme il le souhaite dans les 20 premières minutes. L'alternative la plus évidente se nomme Thomas Müller, qui peut occuper à peu près tous les postes devant. Özil serait alors décalé sur la droite. Dernière solution, Toni Kroos, qui monterait alors d'un cran. Ce choix s'était révélé désastreux lors de la demi-finale perdue face à l'Italie mais Löw peut l'envisager si l'équipe d'en face possède un meneur reculé.

A gauche de l'attaque, le forfait de Reus devrait logiquement profiter à Schürrle, très travailleur mais il n'est pas exclu que Podolski, excellent lors de ses entrées en matche de préparation lui chipe la place.

N°9 ? : normalement, depuis la retraite de Gerd Müller en 74, la place échoit à Miroslav Klöse. Le "bomber" allemand a toujours fait taire ses détracteurs, qui critiquent son manque de vitesse et de puissance grâce à sa finition "clinique" face au but et à sa capacité à hausser son niveau lors des grands rendez-vous. Le problème c'est que l'inoxydable Miroslav semble cette fois au bout du rouleau, à 36 ans. Il sort d'une saison très moyenne avec la Lazio (seulement 7 buts) et la Mannschaft semble de plus en plus prête à se passer de lui. Le mieux placé pour prendre la relève semble Mario Götze. Le bavarois a souvent occupé cette place à Munich (souvent en tant que remplaçant il est vrai) et il apporte autre chose que Klöse en décrochant, en multipliant les fausses pistes  ou par sa simple technique individuelle. Un dispositif où Müller et Götze jouent ensemble et proches devient assez vite illisible pour les défenseurs et Löw devrait s'appuyer dessus. Enfin, troisième possibilité, Müller toujours lui, qui en plus de ses déplacement pourrait proposer son bon jeu de tête.

Conclusion : à moins de perdre le fil de sa composition tactique, Joaquim Löw pourrait brandir la coupe du monde à Rio. Mais si l'Allemagne manque son entrée dans la compétition face au Portugal, le doute et les changements qui en découleront risquent de couler une Mannschaft, qui semble avoir perdu ses qualités morales tellement vantées

jeudi 7 juin 2012

Euro 2012 - présentation. Une mannshaft pour (enfin) gagner

Si des années 70 aux années 90, "le football était un sport qui se joait à 11 et où les allemands gagnent toujours" (Gary Lineker), c'est devenu l'exact contraire depuis la fin des années 90.

- en coupe du monde, les allemands ont multiplié les bonnes performances (finalistes en 2002, demi-finaliste en 2006 et 2010) mais plus rien gagné depuis 1990.
- pour l'Euro, la dernière victoire remonte à 1996. Les allemands étaient finalistes lors de la dernière édition.
- enfin, en ligue des champions, plus rien depuis 2001 (Bayern Munich), en dépit de 3 finales, toutes perdues donc (Bayer Leverkusen) et Bayern, 2 fois.

Mais, dans l'intervalle, les allemands sont devenus gentils, bien heureux de montrer au monde l'image d'un jeu séduisant et ont perdu la gnaque et la cruauté qui les a rendu impopulaires sur toute la planète (remember Schumacher).

Depuis 2008, les allemands ont perdu 2 fois face à l'Espagne, un comble pour un pays si fier de ses produits et de sa solidité économique. Joachim Löw a dont tenté depuis 2010 de faire évoluer son équipe sans modifier fondamentalement son équilibre.

Principes de jeu : Si l'Allemagne a séduit le monde entier en 2010, elle le doit à ses qualités de contre et à l'osmose qui s'est créée entre ses joueurs depuis les sélections de jeunes. Mais après les échecs face à l'Espagne, Joachim Löw s'est dit qu'elle devait  progresser en termes de maîtrise du jeu et de recherche de plan B.

Les allemands ont donc profité de leur complémentarité afin de développer la vitesse de leur jeu et de mettre en place des déplacements en diagonale (pas de verticalité, pas 75 % de possession mais rapidité, passes dans des déplacements latéraux très difficiles à appréhender pour des défenses en zone et combinaisons dans la surface). L'Allemagne est aujourd'hui capable de dominer le jeu et d'inscrire des buts ce faisant. La démonstration face aux Pays-Bas, en Novembre l'a démontré de façon éclatante. En terme de plan B, l'équipe possède avec Mario Götze, Toni Kroos et Marco Reus offrent des possibilités très intéressantes sur le banc, qui jutifient à eux seuls les 100 millions d'euros que dépensent les clubs de Bundesliga dans leurs centres de formation (record européen).

Dans le 4-2-3-1 allemand, le 3 de devant propose une très grande fluidité avec des déplacements incessants : Özil se déplace vers la droite quand Müller dérive sans cesse dans les espaces entre défense et milieux défensifs adverse. Schweinsteiger est le joueur clé du système de Löw, c'est lui qui distribue le jeu vers les ailes et qui se porte le plus souvent vers l'avant pour créer un éventuel surnombre lors des contres. Enfin, à gauche, Lahm et Podolski peuvent perturber n'importe quelle défense avec leurs redoublements.

Mais, il y a un prix à payer pour cette brillance. Face à des équipes plutôt défensives et agressives, les allemands semblent souffrir : face à la France (1 - 2) et la Suisse (3 - 5), des formations inférieures mais qui ont pratiqué un jeu de contres en gagnant les duels : le monde à l'envers.


Composition : A priori, le 11 allemand est l'un des plus certains de l'Euro. Le 4-2-3-1 est quasi certain même si les allemand ont parfois expérimenté un 3 - 4 - 2- 1 à la sauce napolitaine.

Dans les buts, Neuer est indiscutable. Le back four semble aussi indiscutable, Lahm à gauche, Boateng à droite. Mertesacker revient en forme au bon moment et devrait afficher une paire un peu lente mais habituée à jouer ensemble au centre.

Il est vraisemblable que Löw privilégie le duo Khedira / Schweinsteiger. Le munichois est le régualteur du jeu allemand, tandis que le madrilène est le seul milieu défensif à pouvoir proposer une présence physique suffisante pour sécuriser les centraux derrière lui. Kroos n'offre pas la même sécurité.

Le trio d'attaque Podolski - Özil - Müller offrira donc la fluidité et le déplacement indispensable aux préceptes de la nouvelle allemagne.

La plus grosse incertitude repose sur le poste de 9. Klose est la solution la plus certaine: il offre les qualités de déplacement et de finition "clinique" qui sont nécessaires au jeu. Il revient de blessure mais devrait être apte. Mais Gomez offre une alternative intéressante sur un poste de point d'appui plus traditionnel

Conclusion : les allemands en ont juste assez d'être devenus comme l'Equipe de France des années 80. Ils ont les crocs. Ils peuvent maintenant l'emporter face à n'importe qui. Mais, ils possèdent aussi un profil de victime parfaite pour un outsider sans pitié. Première épreuve : le Portugal, un bon candidat au meurtre.

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