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mercredi 25 octobre 2017

OM - PSG : les parisiens à la peine

Le  match de Dimanche soir a confirmé les doutes sur les performances parisiennes, notamment à l'extérieur, après Montpellier et Dijon. Les parisiens commencent à avoir la sale habitude de gagner leurs points dans le temps additionnel.

L'OM se présentait en 4-2-3-1, avec le duo Anguissa / Gustavo situé derrière Dimitri Payet. Le PSG, dans son 4-3-3 habituel. Meunier prenait la place de Dani Alvès préservé.

Première mi-temps : l'OM mettait la pression d'entrée et acculait le PSG dans son camp pendant le premier quart d'heure. Le trio Payet / Gustavo / Anguissa mettait la pression sur leurs homologues parisiens, un peu décontenancé sur l'instant. Cela dit, les marseillais étaient tiraillés entre leur volonté de contrer les parisiens haut et de ne pas se faire prendre en contre et laissaient beaucoup d'espace entre les lignes. C'est lors d'une récupération parisienne que Kurzawa eut l'une des plus belles occasions du match sur une sortie réussie de Verratti.

Animation défensive parisienne : un des faits structurants du match fut l'absence d'implication défensive du trio offensif du PSG. La plupart du temps Neymar et Mbappé se contentaient de gêner la première relance olympienne sans jamais faire de repli défensif. En pratique, les parisiens défendaient à 7. Comme les latéraux marseillais (Amavi et Sakai) montaient aux côtés de leurs ailiers, les milieux parisiens (Rabiot / Verratti) étaient obligés de couvrir un espace très important pour aider leurs latéraux. Payet en jouait en se déportant sur les côtés pour créer le surnombre.

C'est sur une perte de balle dans le camp marseillais que les faiblesses défensives parisiennes allaient apparaître en pleine lumière. Sur un simple échange Gustavo / Payet (excentré), le brésilien avait des hectares de liberté pour décocher une jolie frappe.

Marseille laissait désormais le jeu aux parisiens mais ceux-ci facilitaient la partie aux olympiens en se contentant d'attaquer par le centre : Neymar venait chercher le ballon très bas et Mbappé se rapprochait de ses 2 compères d'attaque. Par contrecoup, Meunier fut totalement sous-utilisé pendant la première période. En outre, Thiago Motta devenait superflu : déjà lent et inefficace défensivement, son apport dans la tenue du ballon et son jeu de passes longues n'avait plus lieu d'être.

Les zones de jeu de Meunier (en haut) et Kurzawa (en bas) en première période. Gâchis.
Ce fut dans un des rares offensives menées sur l'aile par Neymar que les parisiens trouvaient la faille. Un simple redoublement avec un  Rabiot qui piquait dans la surface adverse et le brésilien trouvait le poteau rentrant de Mandanda.

Seconde période :

Les parisiens reprenaient  la seconde période en mettant le pied sur le ballon. L'OM n'avait plus les moyens physiques d'effectuer un pressing haut et était s'organisait défensivement avec 2 lignes de 4 + Payet et Mitroglou en charge de perturber le jeu parisien. Il y avait dû y avoir un recadrage à la mi-temps car Meunier montait davantage et Mbappé occupait plus franchement le côté gauche. L'incapacité parisienne à se créer des occasions fut d'autant plus frappante que si l'OM fut discipliné, elle ne fut pas particulièrement performant défensivement (34% de tacles réussis seulement sur 52) à l'exception notable de Gustavo. Mais, Paris souffre toujours autant offensivement face à des équipes regoupées, Mbappé n'est alors plus dans son éléments et Neymar rechigne depuis quelques matchs à provoquer balle au pied ses adversaires là où ça compte, c'est à dire dans les 30 mètres adverses.

Les changements opérés par Emery n'améliorèrent pas la situation. Draxler entra à la place de Thiago Motta (enfin) mais Rabiot dut coulisser au centre du milieu parisien et ne créa plus rien offensivement alors qu'il était l'un des rares à pouvoir créer du danger.

La "performance" défensive de Motta (un tacle réussi, un duel aérien gagné, 0 interception).
Source Squawka.
Bref, on s'acheminait sur un triste match nul (1 tir de chaque côté depuis la reprise) jusqu'à la 78ème minute où le match s'emporta. Sur un corner, Rabiot se fit chiper le ballon par N'Jié, entré quelques minutes plus tôt, qui centra pour un Thauvin efficace. Une fois encore, on put s'apercevoir de la passivité défensive parisienne, aucun défenseur du PSG ne venant couvrir son milieu. Dans la foulée, Neymar se fit expulser et un Cavani malin et talentueux venait sauver un point pour Paris avec la complicité bienveillante de la barre. La fin de match récompensait les joueurs les plus combatifs.

Conclusion : même si Marseille a joué avec volonté et organisation, on ne peut pas dire non plus que la performance tactique des olympiens fut impériale. Sauvé par 2 jolis coups bien exploités, l'OM peut cependant trouver des raisons collectives d'espérer. Quant à Paris, au-delà des problèmes d'attitude mis en lumière par les déclarations post-match de Mbappé, il s'agit bien de problèmes d'organisation tactique et de complémentarité. Il est temps que qu'Emery reprenne son équipe en main et recrute 1 ou 2 VRAIS milieux de terrain en lieu et place de quelques éléments offensifs pléthoriques. Les poteaux ne ramèneront pas toujours des points de l'extérieur.

La séquence pressing la plus intense de Mbappé
(sur l'arbitre après la "main" d'Amavi)

dimanche 27 septembre 2015

Le Celta corrige le Barça


Battre le Barça relève toujours de l'exploit pour une équipe "moyenne" de Liga mais dominer le Barça dans le jeu grâce au talent de ses attaquants est très rare. Il s'agit donc bien d'un exploit pour les galiciens.

L'équipe entraînée par l'ancien défenseur argentin Berizzo (auteur d'un passage fugace à l'OM, une manie décidément) se présentait en 4-4-2 avec Iago Aspas en pointe et l'ancien pensionnaire de L1, Daniel Wass, à ses côtés. Côté catalan, Jordi Alba absent, Mathieu prenait sa place côté gauche de la défense et Sergi Roberto était préféré à Rakitic.

Première mi-temps : le Celta prenant immédiatement le contrôle des opérations, grâce à un pressing haut et à des transmissions de balle rapides. On se frottait les yeux tant le Barça ne voyait pas la balle (59% de possession pour les locaux dans les 10 premières minutes) et les "celticos" plantaient même quelques banderilles. Assez vite, cependant le Barça allait reprendre le ballon et le match prenait un rythme moins frénétique. A ce moment, le dispositif défensif du Celta se mit en place et celui-ci est fort intéressant à plusieurs titres :

  • la disposition en 3 lignes 3-2-4, Daniel Wass, descendant au niveau des 2 ailiers et marquant le plus souvent Busquets, Comme la défense à 4 du Celta était très compacte, cela donnait au dispositif un côté entonnoir, où les catalans se sont souvent engloutis. 
  • un harcèlement constant du blaugrana en possession de la balle. Dès la transmission, le joueur celtico le plus proche montait sur le catalan pour lui disputer le ballon, ce qui fut démontré sur le second but des locaux. 
  • une sortie de balle simple vers Nolito. L'ailier galicien fut le grand bonhomme de la première mi-temps. Il offrit surtout un conduit pour évacuer le ballon pour ses partenaires du milieu de terrain (cf. schéma). Alvés, nominalement face à Nolito ne sembla jamais en mesure de contrer la relance sur l'ailier celtico, qui mangeait la craie. 
Les passes reçues par Nolito en première mi-temps. Craie. (source fourfourtwo)

Ceci dit, le Celta Vigo ne s’embarrassa pas toujours d'une tactique complexe et n'hésita pas à dégager des longs ballons devant pour le seul Aspas. Ce fut d'ailleurs le maître mot de la tactique des locaux. Jouer simple et vite. Ainsi, offensivement, Orellana et Nolito provoquèrent constamment leur adversaire direct plutôt que de se lancer dans des combinaisons compliquées. On vit la défense du Barça en grande difficulté, en 1 contre 1, notamment Mathieu, face à Orellana. 

Les dribbles du Celta. Sur l'aile droite, Orellana a mis la misère à Mathieu (source Fourfourtwo)

Face à ce dispositif, le Barça eut du mal à se mettre dans le sens de la marche. D'une part, les latéraux ne purent jamais donner de la largeur au jeu des catalans : Alvés fut prudent face à Nolito et Mathieu, après un contrôle manqué dès la troisième minute fut incapable de créer le danger. Le pressing fut également assez lâche. Seul Messi constitua, par ses mouvements, un danger constant, notamment par ses combinaisons avec Neymar. Ce fut d'ailleurs des passes entre ses 2 joueurs, qui créèrent les 2 meilleures actions, dans l'espace. Toutefois, l'un des problèmes de Neymar fut son manque d'implication défensive. Ainsi, sur le premier but du Celta, le latéral Mallo centre sans opposition. 

Après le second but du Celta, sur une récupération de Nolito face à Piqué, le Barça eut du mal à se remettre dans le sens de la marche. La mi-temps s'achevait avec une possession à peine en faveur des catalans et seulement 2 tirs : une misère. 

Seconde période :

Les catalans reprirent la seconde période sans remplaçant mais en ayant la ferme intention  de mettre la défense du Celta à rude épreuve. Plus hauts sur le terrain, les blaugranas effectuaient enfin un sévère pressing sur les celticos, qui, du coup, éprouvèrent de plus en plus de difficulté à se dégager. En 10 minutes, Messi heurta le poteau et eut un tir dangereux aux 20 mètres, soit plus d'occasions franches que dans les 45 premières. C'est sur un contre, suite à un corner en sa faveur que le Barça encaissa son troisième but, après un ballon dégagé par le gardien, Aspas se retrouva en 1 contre 1 face à Alvès et se joua de lui pour aller crucifier Ter Stegen une fois de plus. 

A 3-0 à 35 minutes de la fin, la messe était dite mais le Barça ne lâcha pas l'affaire. L'entrée de Mounir ajouta un peu de vitesse au champion d'Europe et Rakitic (à la place de Busquets) un peu de technique. Cependant, la disparition du N°6 catalan offrit plus d'espace à Daniel Wass, qui put profiter de sa mobilité pour distiller des ballons à ses compères d'attaque. 
Les occasions (en bleu ciel) créées par Wass en seconde période (source Fourfourtwo)

A noter que du côté du Celta, Berizzo ne procéda à son premier remplacement qu'au bout de 75 minutes, ce qui augure d'une équipe bien en place mais qui ne sombra jamais dans la débauche d'énergie désorganisée. 

Si Neymar inscrivit le but du Barça (sur une passe de l'omniprésent Messi), ce fut surtout le dernier but du Celta qui fut remarquable tant la passivité de la défense catalane fut immense : Mallo centre sans opposition sur Guidetti qui, aux 6 mètres, à tout le temps de contrôler et d'ajuster Ter Stegen. C'était la troisième fois que le gardien allemand se retrouvait seul face à un attaquant du Celta dans la partie. 

Conclusion : bien sûr, on pourra dire que sur le match, le Celta n'a pas été malheureux : 4 buts sur ses 5 tirs cadrés et dieu sait ce qui se serait passé si Messi avait conclu son occasion de la 52ème minute au lieu de frapper le poteau. Néanmoins, c'est la troisième fois, cette saison, que le Barça en encaisse 4 buts. L'interdiction de recruter commence à faire mal et certains joueurs (Busquets, Piqué, Rakitic) sont très en dessous de leur performance habituelle. Un gros souci face à un Real qui semble plus fort que jamais. Quant au Celta, il exploite au mieux les recettes des budgets moyens de Liga : recruter des refusés des grands centres de formation ibériques (Nolito) et compléter avec des sud-américains teigneux (Fernandez) ou techniques (Orellana). 

dimanche 29 mars 2015

Clasico 2015 : l'évolution du Barça porte ses fruits

Le Real a perdu mais le Real aurait pu gagner. Le Barça a marqué dans un style à l'antithèse du toque et du style de Guardiola. Luis Enrique a donc posé sa patte sur le jeu du Barça. Cela semble être le résultat de la tendance des grandes équipes actuelles : savoir varier le jeu et pouvoir marquer sur n'importe quelle configuration (coup de pied arrêté, contre, jeu construit). Ironie, c'est sans doute Ancelotti qui, entre la saison 2013-14 et le premier trimestre 2014-2015 a poussé cette logique au paroxysme en capitalisant sur la capacité de contre et la force sur CPA léguées par Mourinho en y ajoutant cette capacité à construire et à défier les meilleures équipes en termes de possession ou plus simplement de prendre le jeu à son compte face à des écuries modestes venues pour défendre.

Le Barça est un cas d'école : basée sur une possession écrasante et sur un pressing intense, la belle mécanique montée par  Guardiola s'est effilochée au fil des années car elle est épuisante physiquement et au bout de quelques titres la rage de vaincre s'est émoussée. Feu Tito Vilanova a tenté de mettre en place un Barça "light" : possession mais sans pressing. Avec des résultats mitigés. C'est sous son coaching que le Barça explose littéralement (7-0 sur l'ensemble des 2 matchs) face au Bayern Munich mais face aux équipes plus faibles, son Barça était une redoutable machine (100 points pour le titre de Liga 2013)

Luis Enrique a changé la donne sur au moins 3 points :
  • les attaquants sont les nouvelles stars. Pep Guardiola vouait un culte aux milieux de terrain jusqu'en aligner 6 ou 7 dans son équipe. Luis Enrique est beaucoup moins fan. Pour lui, chacun à sa place. Face au Real, même Mascherano est redevenu un milieu de terrain. Et la charnière centrale était occupée par 2 vrais spécialistes du poste. 
  • Sans être aussi exigeant que Guardiola, Luis Enrique demande à ses joueurs un travail défensif intense. Pas de pressing groupé autour du joueur adverse mais une contribution demandée aux 3 attaquants. 
  • Culte de l'individuel : si Guardiola prônait un jeu de passe presque infini, afin de déstabiliser les défenses, laissant au seul Messi la percussion, Luis Enrique a confié les clés aux individualités. Outre, l'argentin, Neymar est encouragé à partir de loin en dribbles chaloupés, quand Suarez hérite de longs ballons, en partant à la limite du hors jeu. 
Lorsque l'on regarde la configuration du dernier clasico et qu'on le compare à son petit frère joué il y a 2 ans, les différences sautent aux yeux. Ici, le Real avait gagné mais l'essentiel n'est pas là. Ce jour là, le Barça, entraîné par Tito Vilanova avait réussi 649 passes et tenu le ballon 72% du temps face au Real de Mourinho (contre respectivement, 436 et 53% dimanche dernier)

Les schémas ci-dessous (source l'excellent site fourfoutwo) montrent les différences d'approche du Barça sur 3 points : 

1 - Les attaquants barcelonais ont le permis de dribbler et ils ne s'en privent pas :

Mars 2013 : 16 dribbles. Only Messi.

Mars 2015 : tout le monde dribble (et surtout Neymar)

Bien sûr, ce jeu implique plus de risque (la perte de balle) et engendre mécaniquement moins de possession mais il oblige aussi les défenseurs adverses à commettre plus de fautes (d'où les cartons) et créent des brèches dans les lignes arrières. 

2 - Le pressing est plus intense. En 2013, Vilanova avait cédé au vestiaire en relâchant la pression à la perte de balle. Le Barça se contentait à l'époque de faire des fautes "intelligentes" pour briser les contres à la racine, c'est à dire dans la moitié de terrain du Real. En 2015, changement de décor, tous les joueurs sont supposés contribuer à l'effort défensif. Même si le pressing est moins intense qu'à l'ére Guardiola (où plusieurs blaugranas entouraient le joueur adverse pour couper toute possibilité de passe), la ligne du Barça demeure haute afin de transmettre rapidement, idéalement à Suarez, qui plonge, avant que le bloc adverse ait eu le temps de se reformer. 


2013 : 4 tacles dans la moitié de terrain adverse, aucune interception

Ajouter une légende : 14 tacles, 1 interceptions

3 - des passes plus en profondeur et qui visent à créer le danger directement. Alors que le Barça, version Guardiola tissait sa toile, celui d'Enrique est plus direct et n'hésite pas à effectuer des passes depuis sa moitié de terrain, ce qui était presque un anathème, circa 2012. 


La passe à 10 de 2013
(119 passes dans les 30 mètres madrilènes sur 722 tentées)


2015. Plus perforant
On peut donc conclure que si le Barça a sans doute perdu un peu de sa spécificité, il a sans doute gagné en efficacité. Des matches comme ceux de Dimanche soir où l'équipe catalane est dominée pendant la moitié du match mais l'emporte avec une tête sur coup de pied arrêté et un long ballon sur Suarez devrait être plus courants dans les années qui viennent. Tout le problème de Luis Enrique sera de marier les qualités de l'ancien Barça (une capacité à dominer et à priver l'adversaire de ballon, afin de conserver le résultat) et celui des équipes modernes de percussion pour pouvoir exploiter toutes les situations de but.

En 2013, le Barça de Vilanova avait remporté la Liga avec 100 points mais en devenant trop prévisible avait engendré la déroute de l'Allianz Arena (qu'Ancelotti a réitéré cette année face au même Bayern de Pep Guardiola). Cette défaite, qui précédait la déroute espagnole au mondial brésilien, annonçait la fin du toque 1.0. Luis Enrique tente de le réinventer en le variant. Ce n'est pas là son moindre mérite.

Footballistico


mercredi 11 juin 2014

Le Brésil : ordem au centre et progreso sur les côtés

Ordem, donc, au centre du terrain, Progreso sur les côtés
Marcelo a dû le dire à ses coéquipiers : 12 ans est une bonne durée pour mettre fin à une disette de titres. Vainqueur de la decima avec le Real en 2002 (avec Zidane et les galacticos), le pentacampeon attend enfin le 6ème titre comme une expiation du maracanaço, 12 ans après son dernier mondial au Japon.

L'un des apports apprécié de Luiz Felipe Scolari après le désastreux intérim de Mano Menezes fut de reconstruire une équipe du Brésil conquérante. En 18 mois, les Brésiliens sont passés d'objet de moquerie (Copa America 2012) à celui de puissance respectée (Coupe des Confédérations 2013). L'entraîneur brésilien s'est appuyé sur un groupe stable, où les performances individuelles en club n'influent que peu sur ses choix et a construit une équipe qui combinent des stars ayant à peu près carte blanche (Neymar, Alvés, Marcelo) avec des joueurs disciplinés et combatifs pour lequel le "jogo bonito" est un lointain souvenir.

Le 11 de départ brésilien (face à la Croatie) est sans doute l'un des plus faciles à prévoir de toutes les équipes.

Le Brésil joue en 4-2-3-1. Zonal Marking à pu écrire que le talent se situe sur les ailes (les 2 latéraux et les 2 ailiers) alors que le centre du terrain est la zone de la discipline et il y a une certaine dose de bon sens dans cette assertion. Voyons cela.

Dans les buts, le survivant Julio Cesar devrait être titulaire. Mais, il ne s'agit plus de Jules Cesar, le conquérant de l'Inter, plutôt d'un gardien brésilien standard, en prêt à Toronto dont le niveau réel laisse planer le doute et qui devrait constituer l'un des points faible de la Seleçao.

Le back four devrait être constitué de Marcelo et Alvès sur les côtés, et de la paire Thiago Silva / David Luis au centre. Les 2 latéraux auront toute liberté de foncer devant, charge à leur partenaires de couvrir les rapides contres éventuels. Ce point est particulièrement problématique du côté de Dani Alvès, dont le repli défensif est de plus en plus aléatoire au fur et à mesure que les années passent (31 ans déjà).

L'une des solutions consiste à faire descendre Luiz Gustavo, qui sort d'une très bonne saison (à l'inverse de quelques-uns de ses coéquipiers, cf. infra), au niveau des 2 centraux pendant les phases offensives. Le milieu brésilien est un joueur énergique qui n'hésite pas à se déplacer mais problème, il ne peut pas se trouver à 2 endroits en même temps. Face à un 4-2-3-1, le 10 adverse risque donc de se trouver libre, d'autant plus que les centraux brésiliens risquent de jouer assez bas. D'où l'importance de Paulinho, qui doit assurer à la fois la transmission des ballons vers l'avant mais aussi faire pression défensivement pour gêner au maximum les transmissions adverses. Au vu des performances du joueur londonien, on peut penser que c'est ici que peut se trouver l'une des failles des auriverde. Plus haut sur le pré, on trouve Oscar. De façon contre-intuitive pour un 10 brésilien (et pour un physique aussi frêle), le jeune milieu travaille énormément, se montre extrêmement discipliné tactiquement et risque de presser haut, toujours dans l'objectif de perturber la relance. Offensivement, Oscar va sans doute tenter de se déporter latéralement pour offrir des solutions à ses latéraux ou à ses ailiers.

Devant, le danger se nomme Neymar. La star auriverde cherchera à combiner avec Marcelo et à se recentrer sur son bon pied. Le brésilien fonctionne souvent en percussion, il est rapide, est armé d'une très bonne frappe et aime s'appuyer sur Fred, qui a montré des qualités de remiseur et de finisseur insoupçonné lors de son passage lyonnais. Fred offre aussi le profil d'un joueur très altruiste capable d'aller chercher les ballons longs en attendant du soutien et de presser les centraux adverses. L'inconnue de l'équipe se nomme Hulk. Très décevant pendant la coupe des confédérations, le gaucher est un joueur puissant, qui n'aime rien tant que de s'engouffrer dans les espaces libérés par Fred pour faire parler sa frappe. Il prendra sans doute systématiquement l'intérieur, espérant dégager des boulevards sur les montées d'Alvès (et sa célèbre banane). Il aura aussi un rôle défensif essentiel en bloquant les remontées de balle sur le côté où les brésiliens seront sans doute les plus vulnérables.

Il faut noter que l'une des qualités de cette équipe est sa versatilité offensive :
-          Contre, avec la rapidité des 2 ailiers et le réalisme de Fred,
-          Longs ballons, en s'appuyant sur Fred et/ou Hulk,
-          Jeu placé et possession avec les combinaisons sur les ailes et l'adresse d'Oscar,
-          Enfin, percussion avec le rythme de Neymar et Dani Alvès.

L'un des principaux problèmes des brésiliens est que très peu d'entre eux sortent d'une très bonne saison dans leurs clubs respectifs :
  • Neymar, la principale gâchette offensive, sort d'une saison moyenne au Barça même si l'on sait que s'incorporer dans un club où la culture de jeu est aussi forte demande du temps. Dans le même club, Dani Alvès a semblé moins performant, notamment défensivement.
  • Paulinho a plutôt raté sa première saison à Tottenham. Beaucoup d'observateurs lui préféreraient Fernandinho ou Ramires (testé pendant les matches amicaux) mais il semble que Scolari place la fidélité avant tout.
  • David Luiz a livré des performances très inégales à Chelsea alternant le pire et le très bon.
  • En synthèse, la note moyenne sur la saison des 23 brésiliens (7,10) donnée par whoscored est inférieure à l'Espagne et même à la France.
Autre problème, le dispositif des Auriverde est maintenant bien connu, d'autant plus qu'il semble invariable. La solution des adversaires est en théorie simple : dès récupération du ballon, plonger vers les ailes, désertées par les latéraux, grâce à des joueurs rapides, prendre le couloir et tenter de centrer pour profiter de l'absence de Silva ou Luiz, obligés de se décaler dans l'histoire.

Conclusion : le Brésil dispose d'un plan de jeu (voire de plusieurs), de cohérence collective et d'éclat individuel pour vivre son rêve d'être champion du monde. Seul problème, si certains joueurs déçoivent, c'est le dispositif dans sont entier, qui risque de ne plus être à la hauteur. Enfin, le gardien risque d'être un souci. Face à une équipe précise devant leur but, il n'est pas impossible que les brésiliens se prennent un ou 2 buts casquettes durant la compétition et qu'ils ne doivent courir après leur score. Situation qu'ils détestent.

Footballistico

samedi 29 mars 2014

Real - Barça (3-4) : Ancelotti de retour au tableau noir

Pour la première fois depuis plus de 5 ans, le Real partait favori, même assez largement, face à son rival catalan. Les 2 équipes se présentaient dans leur 4-3-3 traditionnel. Iniesta prenait l'aile gauche devant Fabregas.

Première mi-temps : 

Le mode de fonctionnement du match se mit en place d'entrée : le Barça dominait largement la possession (68%) et le Real menait des contres rapides. Iniesta se joignait au milieu de terrain à 3 des catalans et à Messi, en 9-et-demi. L'ensemble tissait une toile de passes soyeuses sur la pelouse de Bernabeu. Confronté à cela, le Real tenta en début de match de presser haut dès qu'un ballon se trouvait sur un côté avec l'ailier, le milieu et le latéral aidé par Benzema. Ce fut sensible à la 3ème minute quand le français hérita d'un ballon perdu aux 20 mètres. Lorsque la récupération s'effectuait plus bas, le Real tentait de remonter rapidement le ballon pour profiter du positionnement haut des latéraux adverses, notamment de Dani Alvés.

On n'eut toutefois pas le temps de s'engager dans une passe à 10 ennuyeuse à Bernabeu car au bout de 6 minutes, Iniesta concluait une longue séquence de passes (24) d'une jolie frappe dans la lucarne de Diego Lopez. La défense madrilène située aux 25 mètres fut à la fois désarçonnée par la suite de passes et par le placement d'Iniesta. Celui-ci , qui se recentrait sans cesse, s'écarta sur la passe de Messi et ne fut pas suivi par Carvajal. Le show Di Maria pouvait commencer.

Di Maria

Pour bien analyser la performance de l'argentin, il faut bien comprendre la différence entre les 2 côtés Catalans. Tandis que sur la gauche, Iniesta et Alba étaient très disciplinés défensivement, Neymar se repliait peu et Dani Alvès fut souvent pris dans son dos ou se retrouva seul face à Ronaldo et Di Maria (voire Marcelo). Au fur et à mesure que la mi-temps s'avança, l'argentin fut de plus en plus intrépide dans son positionnement :

  • 12ème minute, il s'enfonça dans la défense catalane comme dans du bon beurre avant de centrer en retrait pour Benzema (au-dessus)
  • 19ème minute, il ajusta un centre pour le français (but).
  • 23ème : suite à combinaison avec Marcelo, Di Maria centrait de nouveau sur Benzema (but).
  • 27ème : Di Maria efface Alvès et centre sur Benzema. Piqué sauve sur la ligne.
Ni Xavi, Ni Mascherano (occupé par Ronaldo, qui prenait l'intérieur lors des déboulés de Di Maria) ne purent apporter un soutien défensif au brésilien, laissé à lui-même la plupart du temps. 


Erreurs défensives : si la performance offensives des madrilènes a de quoi impressionner, leurs errements défensifs sont à remarquer (Dortmund, as-tu pris des notes ?).
  • incapacité de contrer Messi. Face à l'argentin, Xavi Alonso, nominalement seul milieu défensif dans sa zone eut du mal à intervenir, craignant visiblement que les partenaires de l'argentin en profitent pour occuper le centre du terrain. Les 2 centraux madrilènes s'y collèrent donc à tour de rôle (notament Ramos) mais du coup des boulevards s'ouvraient derrière. La plupart du temps, cependant, la pulga put distiller ses passes sans opposition. Outre sa passe décisive sur Iniesta, il fut à l'origine du pénalty sur Neymar et fut à l'origine de 4 occasions (cf. schéma ci-dessous)

Messi : ordonnanceur du jeu offensif du jeu catalan (source fourfourtwo)

  • manque de patience. Souvent, Madrid fut incapable de rester bien en place devant les longues séquences de possession du Barça. Outre le but, à la 15ème minute, ce fut Pepe qui déserta sa défense pour tenter d'intercepter un ballon, laissant un boulevard pour Messi, qui rata son tir à 15 mètres.
  • pas d'alignement sur les hors-jeu. Ici, c'est Marcelo qui fut pris au moins 2 fois en restant derrière l'attaquant blaugrana, dont le pénalty.
Ceci dit, le Barça ne fut pas exempt de tout reproche. Outre la performance abyssale d'Alvès (impliqué sur les 3 buts du Real), les blaugranas ont encore fauté sur les ballons aériens. 


Menant 2-1, insensiblement, Madrid recula. Mais, encore une fois, suite à une longue séquence de passes (droite, gauche, droite), Messi prit la balle aux 30 mètres et après un double une-deux avec Fabregas puis Neymar remit son équipe à hauteur.

Seconde période :

Au retour des vestiaires, le Real réussit probablement sa meilleure période de l'ensemble de la rencontre. Plus compacts, les merengues se montraient surtout capables de construire des séquences de jeu intéressantes. Un de celles-ci fut conclue par l'un des rares moments intéressants de Ronaldo, qui prit le dessus sur Alvés.

Le Real tenta ensuite de contrôler le jeu mais cette équipe n'est décidément pas à son aise lorsqu'elle tente simplement de tenir le ballon. Sur un longue ouverture de Messi dans le dos de la défense merengue, Neymar, plus rapide que Marcelo et Sergio Ramos, était déséquilibré par le central espagnol, exclu sur le coup.

Neymar : les commentateurs se sont déchaînés sur le brésilien jugé moyen. Étonnant, pour un joueur qui est à l'origine des 2 égalisations catalanes. En fait, en prenant l'aile ou la profondeur, Neymar offre simplement une alternative au jeu normal des balugranas, plus en percussion qu'en combinaison.

Réduits à 10, Ancelotti réagissait en  sortant Benzema pour Varane. Evidemment, le Barça jouait maintenant sur du velours et multipliait les occasions sur le but de Diego Lopez. Pourtant, ce ne fut pas le fait de jouer en infériorité numérique qui fit perdre le match à Madrid mais le vieil adage "qui perd ses nerfs, perd le match". Le plus étonnant n'est pas la faute grossière en tandem Alonso - Carvajal sur Iniesta mais le fait que les madrilènes se permettent de hurler sur l'arbitre lorsque la sanction tomba.

Conclusion :

Peut-être Pep Guardiola a-t-il raison, il est devenu simplement difficile de motiver ses joueurs dans des matches lambda. Ceux-ci n'acceptent de sortir de leur lit que pour les grandes occasions. Celle de dimanche soir au Bernabeu faisait partie de celles-ci et les catalans ont montré qu'ils étaient toujours là. Quant à Ancelotti, d'un coup, le spectre d'une saison blanche resurgit, comme celle d'un vulgaire Mourinho.

mercredi 3 juillet 2013

Brésil - Espagne : la fin du tiki taka

Mardi 23 Avril 2013, le Bayern Munich atomise un Barça sans idée. Dimanche 30 Juin 2013 : le Brésil, à son tour, humilie les champions du monde espagnols (qui compte 6 barcelonais dans ses rangs + 3 sur le banc) : 3 - 0.

Les 2 victoires sont trop semblables pour être anodines : bien sûr, il existe plusieurs raisons pour ne pas faire du match de dimanche un avant-goût de la coupe du monde 2014 (fatigue de la roja, qui comptait un jour de récupération de moins). Néanmoins, à l'arrivée les 2 matches sont identiques : les espagnols, qui ont dominé le football depuis 5 ans (2 euros, 1 coupe du monde, 2 titres de ligue des champions) ont presque fait pitié tant leur impuissance semblait aussi grande que leur taux de possession.

Pour Footballistico, ces 2 défaites sont majeures, elles indiquent une changement de "paradigme", mot riche qui signifie que le graal du toque, des passes courtes et de la possession disparaît au profit d'autre chose, qui s'en inspire et le dépasse. Définir ce nouveau paradigme est l'ambition, assez élevée, certes, de ce post.

  1. Le triomphe de 4-2-3-1. A chaque époque son système. Après le WM, le 4-4-2 et le 4-3-3 du Barça, voici le règne du 4-2-3-1. Il est révélateur de voir que 2 équipes aussi différentes que le Bayern (c'est à dire l'ossature de la Mannschaft) et la seleçao utilisent désormais ce système avec en outre des similitudes frappantes dans la façon de l'utiliser :
    • des latéraux très offensifs (Lahm, Marcelo et Alvés) en appui d'ailiers au profil de percussion. En outre, les latéraux sont les joueurs qui touchent le plus de ballons, ce qui signifie que l'animation se déroule via les cotés.
    • une importance du 4 défensif véritable trapèze servant à orienter le jeu même si le Bayern et le
    • une importance très grande donnée aux côtés et à la complicité entre l'ailier et le latéral, forcément offensif.
  2. L’avènement des joueurs de percussion : le Bayern fin de saison 2013, c'est le règne de Robben et Ribéry, le Brésil 2013, la véritable naissance de Neymar. Ces joueurs sont rapides, incisifs, frappent et n'hésitent pas en un contre un. Mais ce sont des joueurs de couloir, qui fuient le milieu du terrain encombré.
  3. Une animation qui passe par les côtés. Parmi les joueurs qui touchent le plus le ballon, on trouve les latéraux : Lahm et Alves / Marcelo sont les joueurs les plus sollicités par leurs partenaires. Pour le Barça, c'est Xavi ou Busquets. Dans ces systèmes, les 10 (Müller ou Oscar) ne sont pas vraiment des animateurs classiques : ils aiment se balader d'une aile à l'autre pour centrer ou plonger plutôt que d'orienter le jeu depuis le milieu de terrain.
  4. Une relative plasticité dans l'utilisation du système : si le Brésil et le Bayern sont des équipes qui détiennent les plus haut taux de possession, ils sont capables de modifier leur façon de joueur en reculant et en laissant le ballon sans changer leur 11 de départ. 
  5. Le règne du pressing haut. Étonnamment, là où le Barça a vraiment fait école : imposer un pressing très haut à leur adversaire pour récupérer le ballon dès la perte de balle n'est quasiment plus utilisée par les catalans. Les munichois et les brésiliens l'ont repris pour leur plus grand profit pour perturber sans cesse la relance adverse, gêner la construction et perturber les rampes de lancement traditionnelles.
A noter qu'il existe tout de même une différence : si le Bayern compte sur ses milieux défensifs pour orienter le jeu (Schweinsteiger et Martinez), le Brésil utilise plutôt ses défenseurs centraux (David Luiz et Thiago Silva). Quoiqu'il en soit, la technique et le jeu court des espagnols ont paru dépassés face au rythme et au pressing de leurs adversaires. Comme Barcelone en championnat, l'équipe d'Espagne apparaît triomphante face à des petits (Tahiti) mais bute désormais lorsqu'elle se frotte aux cadors.

Le recrutement de Neymar est d'ailleurs presque un aveu de faiblesse de la part du Barça : en recrutant un joueur-star au profil très différent des produits de la Masia, le club catalan reconnaît implicitement qu'il n'y aura plus de période Xavi / Busquets / Iniesta. La fin d'une époque.

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