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mardi 1 janvier 2013

Les cartons rouges : quel impact sur les résulats ?

Depuis quelques années, la sévérité de l'arbitrage s'est accru sous l'effet d'un durcissement progressif des règles :

  • expulsion directe lorsqu'un joueur annihile une occasion de but (même dans la surface de réparation, c'est la fameuse "double peine"),
  • punition des comportements anti-sportifs (crachat, insulte, etc),
  • critères sur des tacles auparavant tolérés (pieds décollés du sol, par derrière).
L'impact sur le nombre de joueurs expulsés ne s'est pas fait attendre. Alors que l'expulsion était rarissime dans les années 80, leur nombre s'est peu à peu accru et est devenu une constante des divisions européennes.

A mi-saison, quel bilan tirer de cette escalade sur les résultats, le jeu et le classement ? C'est l'ambition de ce post.

En termes de statistiques brutes, les arbitres de L1 ont dégainé le rouge 65 fois lors de 50 matches. Plus d'un match sur 4 a donc vu au moins un joueur expulsé. Une autre façon de le voir est de considérer que pendant 10% du temps de jeu, les acteurs sur le terrain étaient moins de 22.

Notons tout d'abord qu'il n'existe aucune corrélation entre classement à la trêve et nombre de cartons rouges reçus. L'équipe la plus punie (Rennes, avec 7 expulsions, qui est aussi, curiosité, la moins avertie de L1, avec seulement 23 cartons jaunes) est 4ème, devant Lorient, 5ème et Bastia (13ème). L'OL et Marseille (second et troisième) sont plutôt sages (3 expulsions chacun).

Quel est le résultat de ces expulsions sur le résultat final ? Pour mener cette analyse, il faut procéder à un certain nombre de corrections :

  • éliminer de l'échantillon les buts concomitants à l'expulsion, typiquement si le carton rouge a été accompagné d'un pénalty marqué,
  • supprimer les expulsions tardives qui n'ont eu aucun impact sur le résultat. Nous prenons la 82ème minute qui est la plus tardive ayant changé la cours d'un match (de fait, 1 seul but a été marqué après cette limite, sans faire changer la victoire de camp).
Si l'on élimine ces phénomènes, on a les données suivantes :

  • 27 expulsions n'ont pas eu d'incidence sur le terme du match : l'équipe qui menait est restée devant ou le match nul a été confirmé. Sur ces 27 expulsions, 8 ont eu lieu avant la 45ème minute.
  • 4 ont un un impact contre-intuitif : l'équipe qui s'est retrouvée en infériorité numérique a renversé le cours de la rencontre (Rennes à Paris, l'OL à Saint-Etienne, Bordeaux à Nancy et Lorient face à Nice). En passant, 3 de ces 4 exploits ont eu lieu à l'extérieur. 1 seul d'entre eux avait vu une expulsion en première mi-temps.
  • 11 en ont eu un résultat conforme à ce qu'on peut attendre : l'équipe en supériorité numérique a changé le cours du match à son profit. A noter qu'aucune équipe menée au score ne l'a finalement emporté grâce au jeu de carton rouges. Il s'agit d'un mouvement de ou vers un résultat nul. Sur ces 11 résultats, 4 sont particuliers en ce sens que les équipes se sont retrouvées à 9 contre 11 (Toulouse face à l'OM, Rennes face à Nice, Bastia face et à Reims).
On reste avec 7 résultats qui sont intéressants à exploiter. Sur ceux-ci, 6 ont vu l'expulsion d'un joueur en première mi-temps. Seul V.A a dominé Evian grâce à l'expulsion de Koné à la 72ème minute.


Les conclusions sont donc les suivantes :

  • si un joueur est expulsé en seconde mi-temps,  l'équipe réduite à 10 ne voit pas ses chances amoindries, sauf si un second joueur est à son tour exclu ou si l'exclusion a donné lieu à un pénalty (réussi),
  • lorsque l'expulsion a lieu en seconde mi-temps, l'équipe sanctionnée a même plus de chance de renverser la situation que celle qui se retrouve en supériorité numérique (3 cas contre 1 seul),
  • si l'expulsion a lieu en première mi-temps, la "logique" est respectée.
Pourquoi ces résultats contre-intuitifs ? Plusieurs explications sont possibles :

  • une équipe réduite à 10 tend à vouloir conserver le résultat : elle garde donc souvent ses 2 lignes de 4 en laissant un attaquant seul devant. Elle n'est donc quasiment pas affaiblie défensivement. En théorie, l'équipe qui se retrouve en supériorité numérique peut libérer un défenseur. En réalité, cela ne se passe jamais comme cela : la défense à 4 est conservée, la sentinelle devant la défense maintenue. Ce qui nous conduit à la seconde explication.
  • il est frappant de constater que si l'équipe réduit à 10 se réorganise (remplacement, repositionnement), celle qui passe à 11 ne modifie jamais rien. Au vu des résultats, cela semble une erreur : elle sous-utilise ainsi son potentiel offensif.
  • le "facteur psychologique". Il est probable que les co-équipiers du joueur exclu se sentent victimes d'une injustice et aient tendance à dépasser leur rôle au moins pendant un temps avant que la fatigue ne fasse son œuvre.
  • Enfin, au-delà de la fatigue, il est probable que l'entraîneur de l'équipe à 11 ait le temps à la mi-temps de proposer un fonctionnement offensif alternatif qui facilite la victoire.
Il est probable qu'il y ait là un facteur d'optimisation de la part des entraîneurs de L1 : comment profiter d'une supériorité numérique pour emporter le match et, ce, en peu de temps.

Footballistico profite de cette occasion pour souhaiter une excellente année 2013 à ses lecteurs (quel "timing" remarquable !) 

Footballistico

dimanche 5 avril 2009

"Grand quatre" à la française ?

Après les résultats d'hier soir (30ème journée de L1), on peut tirer sans crainte les enseignements suivants :

- Rennes et dans une moindre mesure Toulouse sont les seuls à perdre des points, dans le rythme effréné des équipes de tête. Pour Rennes, cela semble fini. La terreur de la mi-calendrier a cédé la place à une équipe maladroite, un peu falote et friable. Après avoir bien rigolé, le striker sochalien Erdling a laissé son copain Sverkos s'amuser aussi, en lui cédant sa place. Comme dirait Obelix : les romains (et les défenses passives) c'est pour tout le monde. De plus en plus, notre championnat ressemble à une étape de montagne du Tour de France : les hommes forts et les grimpeurs emmènent le groupe et la sélection s'effectue par l'arrière avec les faiblards décrochés les uns après les autres.
- Comme prévu, après avoir tout perdu, Lyon se refocalise sur le championnat et cela fait mal. Quant aux manceaux, s'ils ne trouvent pas d'autres parades que les jérémiades de leur président, la fin de saison risque d'être pénible. Concernant Benzema, il a profité de sa sélection en équipe de France pour se faire désenvouter à Kaunas. Il est redevenu Ben la foudre.
- Paris s'offre un répit dans son calendrier démentiel en battant un Nice assez obligeant. Traoré, l'une des idoles de footballistico, a marqué de son empreinte cette rencontre. Bientôt une statue à l'entrée du Parc ?
- François Modesto avait décidé d'inaugurer sa nouvelle Testarossa au New Star Flash Laser Light Action Club, une boite près de Nice, avec quelques amis de l'ASM. La musique est cool et puis les nanas sont bôôôôônnes. Le résultat face au Havre (0-1) démontre, qu'effectivement, les distractions qu'offre cet endroit semblent sympathiques.
- Bordeaux est sponsorisé par le Ligue pour maintenir le suspense. Lyon a 5 points d'avance, 5 point, 5 points, ah, bah, non. 3, en fait.
- il y a bien un "big four à la française" : Lyon, 1er, 1er budget, l'OM 2d, 2d budget, Bordeaux, 3ème, 4ème budget, Lille, 4ème, 6ème budget, PSG, 5ème, 3ème budget. Lille fait donc un peu tâche dans le quatuor. Paris aura l'occasion dès la semaine prochaine de remettre un peu d'ordre dans la hiérarchie. Merci aux Lillois de ne pas s'opposer à cet ordre immanent. A noter que Monaco possède un budget aussi important que Lille mais préfère le dépenser en Testarossa, donc.

Ce soir on fera un petit focus sur Lorient. En dépit d'un budget étriqué (17ème de L1) et de joueurs au physique de benjamin (Gameiro, Vahirua), les merlus continuent à produire un football alléchant avec 2 des plus beaux buts de le 30ème journée :

- le premier, une relance depuis les 22, dont le 15 de France rêve depuis Blanco, qui se termine avec une frappe croisée d'Obertan,
- le second, un lob de 40 mètres d'Amalfitano. Qu'un joueur comme Amalfitano se permette ce genre de geste Ronaldinhesque prouve l'immense talent de Gourcuff (Christian).

A noter une excellente chronique sur l'univers de l'entraîneur (www.lunivers-de-lentraineur.com/index.php?option=com_content&task=view&id=1360&Itemid=1) sur le club de Lorient et la méthode du mathématicien des merlus : concentration et explosion, complémentarité, anaérobie, tout y passe et c'est passionnant.

Depuis le club des débuts, qui s'appelait les grondins (!), fondé par une certaine Mme Cuissard (!) et qui était réservé aux employés du port (!), ils en ont fait du chemin tactique, les bretons. Sinon, le maillot Tango, c'était celles du chemisier de la Charlotte Cuissard susmentionnée. Et, ça, quand même, ça fait vraiment foot profond.

Bonne soirée et à bientôt.

mercredi 21 mars 2007

La meilleure attaque, c'est la défense

La dernière journée de championnat a mis en lumière un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur au fur et à mesure des saisons : l’impossibilité chronique pour une équipe qui domine de planter un but et la facilité déconcertante avec laquelle il est aisé d’en mettre en contre. La 29ème journée en a offert une illustration parfaite :
- Lille / Le Mans : les manceaux, « bien regroupés » derrière, ont battu de frêles dogues 2 à 0.
- Sedan / Bordeaux : l’équipe girondine, « opportuniste », a mené en première mi-temps avant de se faire rejoindre à cause d’une mésentente entre Jurietti et Ramé : 1 à 1
- Nancy / Lyon, après avoir été maltraité, Lyon a retrouvé son « réalisme de champion » grâce à un premier but (du genou) de Baros avant d’asseoir son succès dans le dernier quart d’heure (0-3)
- Monaco / Nantes : 2 actions, 2 buts : c’est le réalisme à la monégasque a permis à l’équipe du rocher de gagner face à des nantais entreprenants (2-1)
- Rennes – PSG : Gallardo glisse et le PSG apprend à ses dépens 10 secondes plus tard que Briant (Jimmy) saute plus haut que Mendy (Bernard) : 1-0.

Bien entendu, aucune journée de L1 ne serait complète sans son score clasico, le 0-0 (Valenciennes – Lorient) ni, même, son joli match Sochaux – Toulouse (4-2), grâce à Grax. Certes, le foot est justement beau à cause de cette glorieuse incertitude où une équipe surdominée, peut l’emporter grâce à la main de dieu ou, de façon moins mystique, à un bon corner bien frappé pour une tête bien placée.

Cependant, en France, on obtient le contraire aujourd’hui, les équipes dominatrices ne l’emportent JAMAIS, à moins de s’appeler Lyon ou par période des équipes comme Lens, Marseille ou Sedan. Sedan, justement est un bon exemple : selon le jugement des observateurs les hommes de Pasqualetti forment une équipe volontaire au jeu ambitieux et porté vers l’offensive (troisième attaque de Ligue 1). Résultat, patatras, les sangliers sont derniers même s’il est probable que les Job, Pujol & Co n’aient pas trop de souci à se recaser. La raison n’est pas évidente. Et pourtant, elle forme le paroxysme du football tactique d’aujourd’hui, l’apothéose d’un monde où la médiocrité s’est bardée de sérieux tactique et où les exploits des attaquants se font rares.

Cette rapide histoire du foot devrait aider à comprendre :
- au début des temps, donc, quand les footballeurs disputaient encore leur match sous le regard des derniers dinosaures : les équipes jouaient en 2-3-5 (pas en 5-3-2). L’objectif était de marquer plus que l’adversaire. On mettait les mauvais joueurs derrière et les gardiens mesuraient 1 m 70. Bref, ça faisait des chouettes matches où les scores à plus de 5 buts n’étaients pas rares. Les buteurs de l’époque s’appelaient Thadée Cisowsky (33 buts dans le championnat 56 -57, à 18 clubs), Just Fontaine, Roger Piantoni. Reims remporta le championnat 1959-1960 en marquant 109 buts. A ma connaissance, c’est le record absolu.
- les choses commencèrent à se gâter dans les années 80. Les clubs français mirent très longtemps à se mettre au diapason des autres pays européens, qui avaient érigé plusieurs principes pour leur permettre d’être plus compétitif. D’une part, les défenseurs, avaient vu leur nombre et leur niveau accru (W-M puis 4-4-2). En outre, les équipes adaptaient leur tactique et leur placement sur le terrain en fonction du score. Un avantage 1-0 était défendu avec acharnement. Un acharnement même limite, avant que la FIFA effrayée par le traitement réservé aux artiste brésiliens en 1966 ne commence à durcir les règles En outre, la préparation physique faisait des progrès de géants et les joueurs, notamment au milieu de terrain, couraient des distances devenues phénoménales, de la 1ère à la 90ème minute privant les attaquants adverses d’espace pendant tout le match. Dans ces années là, la moyenne des buts marqués par le champion devint inférieure à 70 buts, le pichichi baisse à moins de 30 buts (Delio Omnis, Jules Bocande), puis moins de 20 (Stéphane Zénier, JPP).
- Aujourd’hui : où en est-on ? Le nombre de buts a encore diminué. Lyon se mantient régulièrement au-dessus de la ligne de flottaison des 60 mais il est en général le seul. Les autres clubs oscillent entre 50 et 30. Les meilleurs buteurs tournent autour de 20 (Frei, Pauleta, Cissé) mais plus par isolement (on joue en général avec 1 attaquant de pointe, qui plante en contre que par un jeu porté vers l’offensive).
Bref, que faire ?

Après la nalyse, demain les mesures courageuses à prendre.

Aristotelicien

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