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mardi 4 février 2014

Manchester City - Chelsea : tout n'est que tactique



Toute la planète foot n'en avait que pour Manchester City et son léché, tourné vers l'offensive, lui promettant la Premier League et la ligue des champions avec le Barça en apéritif. City n'a pas encore tout perdu mais Pellegrini devra retourner à son tableau noir tant son équipe est apparue sans solution face à un Chelsea redoutable d'efficacité.

Les citizens se présentaient dans leur 4-4-2 fétiche. Confronté à l'absence de Fernandinho et Javi Garcia, Pellegrini avait sélectionné De Michelis aux cotés de Touré dans son double-pivot. José Mourinho affichait son 4-2-3-1 avec David Luiz et la nouvelle recrue Matic au centre du terrain.



Première mi-temps :

On pourra s'interroger longtemps sur la composition des 2 double-pivots présents sur le pré. Au-delà de la bizarrerie qui consiste à sélectionner des arrières centraux à ce poste stratégique (l'exact contraire de Pep Guardiola dont l'obsession consiste à mettre des milieux de terrain partout), on peut penser que City fut l'équipe qui en souffrit le plus car elle devait prendre l'initiative. De Michelis se tira honorablement de sa première titularisation mais "honorable" est clairement insuffisant si l'on compare sa performance à celle d'un Fernandinho. L'argentin est apparu trop lent, constamment dépassé par les courses de Willian ou les dribbles de Hazard (seulement 5 tacles réussis sur 15 tentés). En outre, limité techniquement, il se contenta souvent d'effectuer des passes latérales, ralentissant le jeu. Avec le recul, on se demande pourquoi Pellegrini ne l'a pas remplacé, avec Rodwell, un spécialiste du poste, sur le banc.

City tenta de prendre le commandement du jeu dès le coup de sifflet initial face à un Chelsea positionné très prudemment : les latéraux demeuraient très reculés ainsi que le duo Matic / Luiz. En outre, Eto'o et Willian effectuant un pressing fort sur la relance des locaux.

Silva : En l'absence de Nasri, l'espagnol était le principal créateur des citizens. Assez rapidement, il cessa d'occuper son aile gauche nominale pour se recentrer, voire rejoindre son compatriote Navas à droite pour combiner. C'est donc sur ce côté que City se procura les meilleures occasions en profitant en outre du relatif manque d'implication défensive de Hazard :
  • à la 12ème minute, un corner de Navas donnait une occasion à Negredo,
  • à la 15ème minute, une percée du même Navas centrait en retrait pour une jolie frappe de Touré à l'entrée de la surface, 
  • enfin, à la 18ème minute, Touré s'enfonça dans la surface et centrait vers Silva, dont la frappe rasait le poteau droit de Cech.
Mais Chelsea avait réagi en recentrant rapidement Ramires pour pérenniser son avantage numérique au centre du terrain (4 contre 3) et le centre du pré devient très encombré pour Silva. En outre, un des effets collatéraux de la désertion de l'espagnol fut la relative liberté dont put jouir Ivanovic, qui allait avoir un effet dévastateur sur le but, le Serbe prenant de plus en plus l'initiative au fur et et à mesure que son côté se trouvait déserté. En outre, le duo d'attaquants, Dzeko et Negredo, dont le placement était trop proche n'offrit que peu de possibilités de passes pour l'espagnol. 

Silva : ailier gauche ? (source FourFourTwo)


Ivanovic : le serbe tenta plus de passe depuis la moitié de terrain mancunienne (source FourFourTwo)
Au-delà de la 20ème minute, City relacha la pression et Chelsea fit jouer sa première arme, les contres. Entre un Ramires très actif, un Willian très rapide et un Hazard très adroit en dribble, la défense de City allait rapidement souffrir. L'occasion la plus emblématique reste ce contre modèle ou les "blues" se présentèrent en 4 contre 1 avant que Ramires, au bout d'une course de 80 mètres n'échoue sur Hart.

Hazard : s'il ne fut pas le plus appliqué en terme de pressing, le belge fut l'attaquant le plus inspiré de son équipe. Très mobile, il n'hésita jamais à dribbler, faisant passer une sale soirée à Zabaleta et De Michelis. Surtout, la fluidité de ses mouvements fut admirable. Sur le but (32ème), il lance l'action depuis la gauche, avant de recevoir la balle à droite, limite hors-jeu, et de centrer sur Eto'o, avant qu'Ivanovic ne conclue. A la 35ème minute, il lance Eto'o depuis la droite, avant d'intercepter la relance de City et de tenter sa chance. Enfin, à la 43ème, il déborde Zabaleta depuis le côté gauche avant de centrer au second poteau vers Eto'o pour le premier poteau de Chelsea.

Seconde Période : il est étonnant de constater que Pellegrini ne changea pas son dispositif avant la 57ème minute (Jovetic pour Negredo) et que cela fut son seul changement. Le monténégrin mit un peu de temps à trouver le tempo mais il offrit un jeu différent de l'attaquant espagnol, en décrochant et en provoquant son vis-à-vis. Ce fut suite à une faute sur Jovetic que City eut sa meilleure occasion sur un coup franc de Silva. 

Cependant, le dispositif défensif des locaux devint pire. Touré et Silva se positionnaient aux 40 mètres et il suffisait qu'un des milieux de Chelsea prenne la profondeur pour que le danger se précise comme sur la frappe de Matic sur l'arête. 

Dans les 10 dernières minutes, Mourinho renforça son dispositif défensif avec des joueurs frais (Oscar) ou physique pour contrer l'avantage de centres qui se précisait (Obi Mikel / Demba Ba). Mais, les londoniens conservèrent jusqu'au bout leur avantage sur les ballons aériens, tant offensifs (tête de Cahill sur le poteau) que défensif.

Conclusion : si les citizens n'ont pas démérité, ils semblent avoir atteint une de leurs limites : un côté un peu têtu d'une équipe sure de sa force mais bourrée de certitudes, tandis que Chelsea s'adapte constamment et réunit une escouade de joueurs extrêmement travailleurs, prêts à mourir sur le pré pour leur entraîneur déifié. Le paradoxe, c'est que si City met régulièrement des raclées aux seconds couteaux de Premier League (comme le Barça en Liga), il souffre régulièrement face aux top teams. Le cas de Chelsea est exactement inverse. Très à l'aise quand il s'agit de désorganiser une belle mécanique, ils souffrent mille maux pour vaincre un West Ham. Une belle victoire de Mourinho en tout cas, méritée et dans le plus pur style mourinhesque.  

Footballistico

lundi 18 février 2013

Fiorentina - Inter : la viola déchiquète l'Inter



Enfin ! Même si la Viola est suivie depuis le début de la saison par Footballistico car elle produit du jeu, il semble qu'il y ait toujours eu chez cette équipe un je-ne-sais-quoi de mal fichu qui l'empêche de rejoindre le panthéon des belles équipes.

Face à l'Inter, la Fiorentina a probablement livré sa prestation la plus aboutie, techniquement et tactiquement. Enfin envolés les problèmes individuels et collectifs, défensifs notamment. Il état temps car les pensionnaires d' étaient en train de s'enfoncer tranquillement au classement.

Montella affichait son traditionnel 3-5-2, avec Pizarro à la base du 5 du milieu. Devant, Jovetic était accompagné de Ljajic.

L'Inter se présentait dans un 4-4-2 losange même si dans les faits, le second attaquant, Palacio, joua assez reculé pour tenter de faire le lien avec son milieu de terrain. Kuzmanovic occupait le poste le plus reculé du milieu de terrain.

On peut trouver beaucoup de raisons à cette défaite cinglante de l'Inter (fatigue, méforme de certains joueurs) mais une se dégage : LA FIO A DOMINE NUMERIQUEMENT LE COTE GAUCHE ET A EXPLOITE CET AVANTAGE AU MAXIMUM.

Première mi-temps : A priori, dans une confrontation 3-5-2 vs 4-4-2 losange, la première équipe doit dominer les ailes quand l'autre doit plutôt attaquer via le centre. Ce schéma de jeu fut plutôt respecté mais avec une variante : la Fiorentina aime bien dominer UN seul côté où elle masse ses joueurs (cf. schéma). Dans la rencontre d'hier, on avait ainsi nominalement 3 locaux (Valero, Pasqual et Ljajic très excentré) face à Zanetti et Cambiasso. Les centraux milanais semblaient peu enclins à quitter le milieu du terrain pour conserver un avantage numérique face à Jovetic. Cette situation naturelle de surnombre fut encore aggravée par la tendance d'Aquilani, nominalement sur le flanc droit du milieu florentin à venir roder vers ses copains. Cela paya dès la 13ème minute avec un ballon d'Aquilani vers Pasqual, qui centra pour la tête de Ljajic (1-0).

Il est probable que Montella ait délibérément ciblé ce coté de la défense Milanaise car il est le plus lent (Zanetti) d'une défense assez lourde (hors Nagatomo).

Mais, la viola ne se contenta pas de masser des joueurs. Son jeu fut caractérisé par :

  • un pressing assez haut afin d'empêcher les remontées de balle de l'Inter : sur le second but, c'est Aquilani qui presse avant de transmettre le ballon à Jovetic.
  • une variation entre jeu en triangle et ballons longs. Valero et Pizarro, notamment, cherchèrent Ljajic et Jovetic via des longs ballons en cloche. Ljajic, notamment n'a pas arrêté de plonger derrière Zanetti, hors de portée de Ranocchia.
  • de l'autre côté, Cuadrado se contentait de fixer Nagatomo.
Le métronome du jeu florentin fut encore et toujours Pizarro : un taux de passe réussies de 90% mais surtout 13 longs ballons précis sur 15, notamment sur les ailiers de la Viola, le chilien demeure le Pirlo méconnu de la toscane.

En théorie, les milanais aurait dû trouver des opportunités via le centre ou leur flanc gauche. Ils en furent malheureusment empêché par le taux de passes réussies très élevé des locaux, le pressing haut qui les empêcha de construire et les fautes d'anti-jeu sur Cambiasso et surtout, Guarin, que la Viola semblait craindre particulièrement.

Seconde période : l'Inter se réorganisa à la pause en passant en 4-3-3 : Ricky entra pour occuper le flanc gauche de l'attaque milanaise, Cambiasso et Guarin glissant respectivement à gauche et à droite du triangle du milieu.

En théorie, un 4-3-3 est très enquiquinant face à une défense à 3 : soit les 2 carrileros descendent et l'équipe devient offensivement inactive, soit ils continuent d'attaquer et on a droit à un 1 contre 1 derrière. La Viola prit un chemin médian, Pasqual redescendit légèrement et Tomovic s'excentra de façon à ressembler davantage à une défense à 4.

Ce changement ne bénéficia pas à l'Inter même si Stramaccioni réussit, sans doute, à rééquilibrer la rencontre : le but vint de la droite au bout de 10 minutes de jeu. Suite au pressing des locaux, le dégagement de Nagatomo fut contré par Aquilani, qui remisa du talon sur Jovetic.

Le match était terminé : le 4ème but de la Fio fut cependant une illustration du jeu en triangle de la Viola : Pasquale puis Valero vers Ljajic, but.

La réduction du score par Cassano ne fut qu'un joli épiphénomène. La messe était déjà dite depuis longtemps.

Conclusion : la Fio a su marier beau jeu et efficacité avec éclat. L'Inter se souviendra longtemps de son voyage en terre toscane, où il fut humilié sur tous les endroits du pré. La Viola peut-elle encore accorcher le wagon de la LdC ? Sans doute, mais il lui faudra faire preuve de davantage de régularité. Elle demeure une équipe avec des éclipses incompréhensibles mais avec un éclat incomparable en Série A. Comment dit-on "toque" en Italien ?

Footballistico

mardi 13 novembre 2012

Comment le foot évolue : le N°9 passeur décisif

Avant, c'était simple : le rôle du N°9 était simplement de marquer. Bien entendu, l'avant-centre pouvait se décliner de différentes façons :
  • rapide et percutant (à la Torres) permettant à l'équipe de trouver l'attaquant lors de contres,
  • grand et puissant (Drogba) qui servent de point d'appui et de cible lors de centres aériens,
  • devenu plus rare, le renard, toujours à la limite du hors-jeu, un sens du placement inné, un peu truqueur, il permet d'exploiter au mieux les ballons, souvent mal donnés par ses co-équipiers et de transformer des miettes en or.

Il serait bien entendu réducteur de transformer les avant-centres en joueurs passifs attendant simplement les ballons : ils constituent souvent le premier élément du pressing (comme l'a démontré Torres en ligue des champions, la semaine dernière) et un point d'appui pour les relances longues. Néanmoins, offensivement, leur point commun est de participer de façon parcimonieuse à la construction mais de constituer une menace permanente dans la surface adverse.

Cela dit, cette menace perpétuelle rend le jeu trop prévisible (ce qui ne veut pas forcément dire toujours facile à contrer). En retirant un joueur de la construction, on diminue la capacité de l'équipe à proposer des solutions alternatives.

Bien entendu, cette idée de faire reculer un attaquant n'est pas totalement nouvelle, la notion de 9 1/2 et du 4 - 4 - 1 - 1 pré-existait mais souvent en appui d'un "vrai" avant-centre. Avec la généralisation des dispositifs en 4-2-3-1 / 4-3-3, l'unique attaquant de pointe devient ainsi partie intégrante du jeu, alors qu'il était jusqu'à présent un peu en marge, un caractère à part.

Face à ce constat, les équipes joueuses ont donc commencé à réagir :
  • Messi. L'idée sans doute la plus géniale de Pep Guardiola a été de positionner Messi en avant-centre capable de décrocher. Messi posséde la capacité de rentrer balle au pied depui les 30-35 mètres mais surtout de donner des passes décisives à ses partenaires qui plongent derrière la défense (Villa l'a fait 2 fois lors de la fameuse "manita" au Camp Nou).
  • Van Persie. Il était normal qu'Arsenal émule le Barça. Robin Van Persie participait souvent au jeu d'Arsenal en se positionnant en N°10. La difficulté pour Arsenal était de fournir des joueurs offensifs de la trempe de Villa aux cotés du hollandais.
En termes de statistiques, les profils de ces 2 types de joueurs sont très typés :

  • les attaquant classiques (Torres, Gomez, Falcao, Higuain, Giroud, Gignac) effectuent au maximum une vingtaine de passes par match, avec un taux de réussite plutôt faible (moins de 80%), tirent beaucoup (environ 3 tirs par match). Surtout, les passes décisives sont souvent un hasard. Falcao a marqué 10 buts mais effectué une seule passe décisive, Torres 0 (pour 7 buts).
  • les attaquants créateurs (Jovetic, Benzema, Ibrahimovic et donc Van Persie) font plus de passes (souvent 30, jusqu'à 40 pour Zlatan), possèdent un taux de passes réussies plus important (souvent 85% et plus, ce qui témoigne d'un positionnement plus décroché et aussi d'une technique très sure) mais surtout ont un taux de passes décisives très important par rapport au nombre de buts marqués.
Ce dernier point suscite d'ailleurs parfois des incompréhensions : pour le grand public, un attaquant, ça doit marquer. Passe encore s'il marque beaucoup ET qu'il réalise des passes décisives mais dans le cas contraire...

Le seul critère qui vaille est : ce type de système est-il efficace ? En effet, la perte périodique d'un point d'appui peut être troublant pour les latéraux et les autres attaquants censés alimenter leur avant-centre. Vers qui centrer ? Inversement, un 9 décroché offre souvent des problématiques insolubles à la défense adverse :
  • pour la défense centrale : suivre l'attaquant ou le laisser libre et dégarnir ainsi la surface de réparation ?
  • pour le milieu de terrain défensif : prendre le relai de la défense ou s'occuper en priorité des milieux offensifs adverses ?
En fait, l'efficacité de ce type de dispositif dépend de plusieurs paramètres :
  •  un 9 décroché doit compter sur l'un de ses coéquipiers capable de plonger dans l'espace libéré (souvent en diagonale). C'est naturel en 3-5-2 (Jovetic) ou 4-4-1-1 (Rooney) mais lorsque l'attaquant est isolé, il doit pouvoir compter sur l'un de ses partenaires à l'aile pour finir le job (Villa avec Messi et Ronaldo avec Benzema). 
  • le nouvel avant-centre doit pouvoir profiter du décrochage pour frapper de loin. C'est le cas d'un Ibrahimovic. Lorsque Zlatan frappe en dehors de la surface, il ne s'agit pas seulement de situations de contre : il est souvent dans le cas (comme face à Nancy) où il dispose d'une marge de manœuvre car ses défenseurs ne l'ont pas suivi.
  • enfin, l'équipe doit pouvoir disposer d'un plan B. Les décrochages incessants, c'est  bien mais si votre adversaire "parque le bus" derrière et dispose ainsi d'une densité forte de joueurs dans ses 20 mètres, ça ne va pas amener grand chose. A ce moment, le fait d'étirer la défense en écartant le jeu, la présence sur coup de pied arrêté ou une capacité à combiner dans un mouchoir de poche redeviennent la tactique privilégiée. Encore une fois, Zlatan offre un plan B précieux sur coup de pied arrêté.


Conclusion : le pari de Footballistico : quelques managers vont sans doute mobiliser de plus de joueurs atypiques en N°9 : Hazard, Valbuena, Callejon sont des candidats naturels et on peut s'attendre à ce qu'émerge dans les années qui viennent d'autres candidats à ce poste hybride : le "9/10".

Footballistico

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