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mardi 20 mars 2007

Chronique de l’ange Gabriel

Certains des lecteurs du blog se sont étonnés des références récurrentes à Gabriel Heinze dans mes chroniques à propos de tout et n’importe quoi. Certains se sont montrés même indignés de mon admiration pour un défenseur rugueux aux pieds carrés et à la mentalité haineuse pour l’adversaire. En fait, j’ai plusieurs raisons de vouer effectivement une vénération discrète pour « Gaby » que je vais expliciter ici. 1°) Tout d’abord, Heinze vient d’Argentine, pays fascinant : Europe réinventée dans l’hémisphère sud. Lui-même, nom allemand ( ?), prénom d’ange (et visage à l’avenant) sont une parfaite synthèse d’un pays où le football est une seconde religion pour qui Maradona est le nouveau Dieu et l’affrontement River / Boca le rite central.
2°) Ensuite, Heinze m’a permis de comprendre que la défense, à l’argentine, est un art : du placement, de la relance, du tacle, des petites fautes vicieuses et invisibles par l’homme en noir. Bref, un art âpre et élitiste (plus cold wave que disco, plus concerto brandebourgeois que 4 saisons) mais un art tout de même. Et moi qui pensais naïvement que les grands joueurs s’appelaient Pelé, Platini ou Zidane alors que Marius Trésor, Osvaldo Piazza ou Lilian Thuram sont peut-être plus essentiels.
3°) Gabriel s’est trompé : il pensait qu’en arrivant d’Espagne au PSG grâce à Luis Fernandez, il trouverait à Paris, l’équivalent d’un club digne d’une capitale : Real Madrid, Arsenal ou Roma. Las, il s’est fourvoyé au Herta Berlin… Ainsi, on a vu pendant 3 saisons, un homme sur la pelouse du parc croire en la victoire, haranguer les siens, mette des buts, même, contre Monaco ou Gueugnon (un contre-emploi évident) et continuer inlassablement, jusqu’à la 94ème, jusqu’à l’épuisement, à remonter inlassablement le ballons, à centrer (un peu derrière les buts, toutefois) à arracher les jambes des attaquants adverses même quand tout semblait perdu. Avec quelques autres (le remplaçant Alonso, le traître Dehu), il fut même à 2 doigts de priver l’ogre Lyonnais d’un 17ème titre de champion de France.

Pour tout cela, Gabriel, toi et tes descendants soit vénéré jusqu’à la 17ème génération.

Aristotelicien

Un formidable exploit : le 18ème du championnat de France bat le 2d du championnat portugais :

Encore une fois, le PSG a honoré son statut d’équipe « de coupe » en battant à domicile les dauphins éternels de Porto, le Benfica Lisbonne. Le contraste est frappant entre le ramassis de tanches à la peine en championnat, martyrisé par les cadors des Ardennes, de l’Artois et d’Occitanie et les terreurs de l’UEFA. Même si la qualification du PSG est loin d’être assurée, nous restons devant ce mystère : pourquoi l’équipe parisienne, véritable Janus du football, si brillant en coupe est si médiocre dans le train-train de la Ligue 1. Depuis sa naissance, en 1970, le PSG a gagné 10 coupes (dont la fameuse « coupe des coupes », la bien nommée) toutes compétitions confondues contre 2 championnats. Pour ma part, j'y vois au moins 4 raisons :

- la nature : depuis sa naissance, en 1970, c’est ainsi, le petit Paris ne s’inscrit pas dans l’effort au long cours des compétitions nationales mais donne tout dans les matches à élimination directe. Un sprinter plutôt qu'un marathonien, au niveau musculaire, donc.
- la culture : à force de se cantonner aux compétitions à élimination directe, les joueurs ont fini par intérioriser totalement cet état de fait : quand on signe au PSG, on sait qu’on ne finira pas premier de Ligue 1 mais qu’on a une chance de brandir une coupe aux grandes oreilles par un joli soir de Juin, devant le public de sa ville. Seuls les joueurs étrangers maîtrisant mal notre langue (l’ange Gabriel Heinze et Ronaldinho, par exemple, ainsi que ceux qui cherche au contraire à monnayer leur valeur à l’extérieur (Frédéric Dehu), veulent réellement en mettre un gros coup tous les Samedi face à Metz ou au FC Nantes. Le seul club pour lequel les joueurs parisiens acceptent de se décarcasser en Ligue 1, c’est l’OM mais cela ne fait que 6 points dans la saison.
- Le public : il méprise naturellement tous les clubs de province à part l’OM et plus récemment l’OL qu’il se contente de détester. Les autres matches de la saison sont donc juste matière à hurler des cris de singe dans les kops lorsqu’un attaquant adverse africain s’empare de la balle. Que du banal. En revanche, n’importe quel matche de coupe déchaîne les foules et attire le match et les teignes des grands soirs. Ce n’est pas un hasard si le drame face à Tel Aviv a eu lieu en coupe de l’UEFA : cela attise plus sûrement la volonté d’en découdre du supporter parisien moyen que le tranquille PSG – Sedan.
- Les propriétaires : à chaque fois que le club possède de bons résultats (ou de mauvais d’ailleurs) les rumeurs de rachat enflent, le climat devient délétère, l’entraîneur prend conseil auprès d’un avocat et le public brandit des bannières haineuses envers l’actuel propriétaire : pas de quoi réaliser une fin de saison harmonieuse. Il faut vraiment un entraîneur militaro-autiste à la Halilhodzic pour rester « focused » sur l’objectif normal d’un club de L1 : le classement.
- Le rapport glamour/gloire : y a-t-il plus grand pied de descendre les champs-élysées, acclamé par une foule en délire : en championnat 38 matches, en coupe : 6. Que feriez-vous à leur place ?
Aristotelicien

L'OL, champion des phases de poule

Ainsi, encore une fois, Lyon est tombé piteusement entre hiver et printemps, face à une bonne équipe, mais pas forcément un cador, en Ligue des Champions. Pour la cinquième fois, le champion de France a chuté sans avoir réellement lutté, sans s’être transcendé, après avoir joué petit bras à l’aller et bafouillé son football au retour. A quoi sert donc d’être champion, pour la 53ème année consécutive (record national battu) avec 34 points d’avance sur le second pour arriver à CA ? La question mérite d’être posée, surtout à la lumière de nos 2 (seuls) champions d’Europe, l’OM et le PSG. Voilà 2 clubs, décriés, méprisés, en passe pour le premier d’être repris par un mystérieux homme d’affaires canadien (le mot « affaire » mérite bien ici sa polysémie) et l’autre à la dérive, perdu quelque part entre Sedan et Troyes dans les tréfonds d’un championnat dominé par les rhodaniens. L’OL, donc, impressionnante machine à écraser tranquillement l’ASSE ou Valenciennes. Seulement, voilà, l’Europe, c’est autre chose et Totti, ça reste au dessus de Savidan et les ambitions de l’OL se brisent régulièrement sur le mur de solides équipes Luso-Italo-Hollandaises. Alors, on pourra dire que les exploits des Phocéo-Parisiens sont d’une autre époque, que le Rapid de Vienne, c’était quand même pas le Milan AC et que Juninho comme tireur de coup franc c’est mieux que N’Gotty (ceux la n’osent quand même pas critiquer Basile Boli). Mais justement, c’est cette fantastique capacité à transformer le plomb du championnat en Or des coupes qui fait les grandes équipes, les souvenirs émus et la passion dans les chaumières, la certitude que le talent sans la hargne n’est rien et que les teignes (Heinze est leur Dieu) ont leur place au Panthéon du foot. D’une autre époque les exploits de l’OM et du PSG ? Allons donc, en 2004, l’OM, égale à elle-même en championnat, c'est-à-dire très loin des bourgeois lyonnais, arrive en finale de la coupe de l’UEFA. Plus récemment, une équipe de remplaçants parisiens allait humilier le champion en titre grec avec un but superbe de Mendy (Mendy !), une patate dans la lucarne, après avoir effacé 2 défenseurs. Et cela sans parler des exploits de Monaco (qui n’a pas repassé en boucle le but de Giuly face au real ?). Même la réaction de Lille, très excessive face au but du rusé Giggs, apparaît comme ce qu’elle est : la rage énorme et finalement saine de joueurs moyens, qui, pendant un soir, se sont élevés à la hauteur de l’événement en tenant tête à l’une des meilleures équipes d’Europe. Pendant ce temps, l’OL se promène en poule, fait le beau et passe de temps en temps les huitièmes face à la Real Sociedad. Mais voila, dès que les tueurs se pointent, plus personne. Réveillez-moi quand Réveillère mettra un tir à la Mendy, quand Gérard Houllier sortira Juninho en plein match comme Luis Fernandez avec Ronaldinho ou quand il aura l’accent belge comme le regretté Goethals.

En fait, Aulas incarne tellement Lyon qu’il a intégré les complexes naturels de la capitale des Gaules : capitale de la Province du foot mais incapable de s’élever plus haut, Beaujolais, plus que Bourgogne, ainsi va l’OL. Mais que pouvaient-ils faire face à la cité éternelle ?

Dernière remarque : je suggère de nommer en début de saison l’OL champion de France et de qualifier en Ligue des Champions l’OM, le PSG (même en L2), plus une équipe au hasard (Lorient, Nantes ou Lille, par exemple). Comme ça, le suspense en Ligue 1 sera au même niveau qu’aujourd’hui mais nos chances en Ligue des Champions plus fortes.

Aristotelicien

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