lundi 25 décembre 2017

Real - Barça : les blaugranas se dirigent vers le titre

 Quelle différence 4 mois font... En août, le Real humiliait les catalans dans la Supercopa avec un Asensio en feu et tout le monde considérait que Barcelone, qui venait de perdre Neymar, se dirigeait vers un avenir assez sombre. A la Noël, pourtant, les catalans règnent sur la Liga avec 14 points d'avance sur leur grand rival et la presse a changé de cible en s'en prenant à Zidane.

Le Barça se présentait dans son dispositif devenu classique en 4-4-2 depuis la blessure de Dembélé.  Paulinho occupe nominalement un poste à droite mais dans les phases offensives se situe souvent entre les lignes. Vermaelen remplaçait Umtiti. C'est Zidane qui innovait tactiquement. Isco était laissé sur le banc et laissait sa place à Kovacic.

Première mi-temps : il est assez drôle de constater que bien qu'évoluant en 4-4-2, aucune des 2 formations ne disposait d'un véritable ailier mais de 4 milieux de terrain classiques. C'est Madrid, qui partait le plus fort en mettant d'entrée une grosse pression sur les visiteurs. Nominalement, chacun des 8 joueurs étaient mobilisé dès la perte de balle :


  • Benzema et Ronaldo étaient chargés de contrôler les 2 centraux,
  • Les 2 latéraux montaient sur leur vis-à-vis,
  • Les 4 milieux effectuaient également un barrage et Busquets en particulier, marqué par Kovacic ne put pas jouer son rôle de plaque tournante du jeu du Barça. 
On vit souvent Ter Stegen privé de solution, souvent hésitant dans la marche à suivre. 

Domination à gauche: Ronaldo prit la plupart du temps le couloir gauche de l'attaque merengue. Comme Paulinho était souvent avancé et recentré, le duo Marcelo / Ronaldo prit le dessus sur Sergi Roberto. Piqué dut intervenir en catastrophe comme à la 37ème minute quand Marcelo réussit un joli centre sur la tête de Benzema ou quand Ronaldo déborda pour délivrer une frappe que Ter Stegen détourna du bout du pied : les 2 seules occasions de Madrid en première période. 

En effet, le Barça ne commit pas de grosse bourde défensive. Souvent, les catalans jouèrent contre nature en balançant de longs ballons devant avec une efficacité relative, ce qui permit au Real de dominer la possession mais peu de ballons furent perdus dans les 30 mètres, ce qui aurait offert des munitions aux attaquants du Real. 

Messi : en phase offensive du Barça, Kovacic défendait en individuelle sur Messi, en le suivant partout sur le pré. Il pouvait se retrouver au niveau de ses centraux ou aux 40 mètres pour suivre l'argentin. Même si le Barça eut relativement peu le ballon en première période, cette disposition eut tendance à déséquilibrer les lignes madrilènes. Les merengues se trouvaient dans des situations en 3 contre 4. Défensivement non plus, le bilan de Kovacic ne fut pas non plus étincelant, L'argentin trouva Paulinho 2 fois, une fois dans la profondeur, une autre sur un centre après une percée. Petit à petit, le Barça refaisait son retard en termes de possession jusqu'à dominer 

Seconde période : le Real sembla incapable physiquement de renouveler le pressing de la première période. Kroos et Kovacic notamment plongèrent physiquement et furent dans l'incapacité de mettre de l'intensité. Il est normal qu'une équipe éprouve des difficultés à maintenir un rythme intense pendant 90 minutes mais les madrilènes n'adaptèrent pas leur dispositif : ils pressaient par à-coups, en restant à 1 mètre de leur adversaire direct tout en campant dans le camp adverse. Ce fut évident à la 54ème, quand 3 milieux et les 2 latéraux madrilènes se retrouvèrent piégés par une passe en profondeur de Busquets sur Rakitic. Seul Kovacic s'était replié mais préféra s'occuper de Messi plutôt que gêner le croate, qui attendit tranquillement que Varane monte sur lui avant de glisser à Sergi Roberto pour un centre vers Suarez totalement isolé. 

Temps 1 : Busquets a échappé au marquage et lance Rakitic


Temsp 2 : Rakitic s'enfonce mais pas de problème pour Kovacic,
qui contrôle Messi (derrière lui)
Varane a dû monter sur Rakitic. Dans quelques secondes Sergi Roberto va centrer
sur Suarez laissé totalement seul

Zidane demanda alors à Bale, Asensio et Isco d'accélérer leur échauffement. On ne saura jamais ce que le tacticien français avait dans sa manche car à la 63ème minute, Piqué perçait une équipe madrilène complètement coupée en 2. Le défenseur catalan poursuivit sa course, occupant Varane pendant que Messi trouvait Suarez dans la profondeur. Encore une fois, les latéraux madrilènes étaient hors de position laissant le duo Varane - Ramos gérer (mal) la situation. Cela se termina dans la confusion avec un pénalty pour le Barça et un exclus, Carvajal.  

Menés 0-2 à 25 minutes de la fin et réduits à 10, autant dire que l'issue du match ne faisait plus de doute. 

Le technicien français préféra alors sortir Benzema pour Nacho pour rétablir une défense à 4, avant de faire entrer Asensio et Bale et passer ainsi en 4-3-2. Bizarrement, le Real fut plutôt meilleur à 10 qu'à 11 en mettant de nouveau de l'impact offensif face à des catalans, qui eurent toutes les peines du monde à les contrer. Ter Stegen réalisa encore un arrêt de grande classe face à Ramos. 

Mais, il n,'était pas dit que le Barça allait laisser au score une vague allure respectable et corsait la mise de nouveau sur une défense médiocre de Marcelo, qui laissait Messi adresser une merveille de centre en retrait pour Vidal.

Conclusion : il n'est pas évident, rétrospectivement, de comprendre la tactique de Zidane. Certes, empêcher de jouer le Barça en mettant un pressing effréné est possible mais en poussant ses latéraux à mort, il est évident que les catalans allaient en profiter. Casemiro est souvent la stabilisateur du milieu du Real mais sur les buts ils est occupé à un pressing vain dans le camp adverse. En outre, lorsque le Real a immanquablement fini par baisser pied physiquement, le technicien merengue n'avait visiblement pas de plan B. Pour finir, si le marquage individuel a disparu, c'est pour de bonnes raisons : sur un grand joueur le marquage n''est jamais parfait et celui-ci balade son défenseur d'un bout à l'autre en désorganisant le dispositif défensif adverse. 

Le Barça profite en plus des défaites de Valence et de l'Atletico pour se rapprocher du titre. Pas mal pour une équipe qu'on disait diminuée, avec un recrutement raté. Dans les faits, le Barça est sans doute moins brillant offensivement mais beaucoup plus solide défensivement pour laisser à ses 2 stars de devant le soin de finir le travail. Bon Nadal !

mercredi 25 octobre 2017

OM - PSG : les parisiens à la peine

Le  match de Dimanche soir a confirmé les doutes sur les performances parisiennes, notamment à l'extérieur, après Montpellier et Dijon. Les parisiens commencent à avoir la sale habitude de gagner leurs points dans le temps additionnel.

L'OM se présentait en 4-2-3-1, avec le duo Anguissa / Gustavo situé derrière Dimitri Payet. Le PSG, dans son 4-3-3 habituel. Meunier prenait la place de Dani Alvès préservé.

Première mi-temps : l'OM mettait la pression d'entrée et acculait le PSG dans son camp pendant le premier quart d'heure. Le trio Payet / Gustavo / Anguissa mettait la pression sur leurs homologues parisiens, un peu décontenancé sur l'instant. Cela dit, les marseillais étaient tiraillés entre leur volonté de contrer les parisiens haut et de ne pas se faire prendre en contre et laissaient beaucoup d'espace entre les lignes. C'est lors d'une récupération parisienne que Kurzawa eut l'une des plus belles occasions du match sur une sortie réussie de Verratti.

Animation défensive parisienne : un des faits structurants du match fut l'absence d'implication défensive du trio offensif du PSG. La plupart du temps Neymar et Mbappé se contentaient de gêner la première relance olympienne sans jamais faire de repli défensif. En pratique, les parisiens défendaient à 7. Comme les latéraux marseillais (Amavi et Sakai) montaient aux côtés de leurs ailiers, les milieux parisiens (Rabiot / Verratti) étaient obligés de couvrir un espace très important pour aider leurs latéraux. Payet en jouait en se déportant sur les côtés pour créer le surnombre.

C'est sur une perte de balle dans le camp marseillais que les faiblesses défensives parisiennes allaient apparaître en pleine lumière. Sur un simple échange Gustavo / Payet (excentré), le brésilien avait des hectares de liberté pour décocher une jolie frappe.

Marseille laissait désormais le jeu aux parisiens mais ceux-ci facilitaient la partie aux olympiens en se contentant d'attaquer par le centre : Neymar venait chercher le ballon très bas et Mbappé se rapprochait de ses 2 compères d'attaque. Par contrecoup, Meunier fut totalement sous-utilisé pendant la première période. En outre, Thiago Motta devenait superflu : déjà lent et inefficace défensivement, son apport dans la tenue du ballon et son jeu de passes longues n'avait plus lieu d'être.

Les zones de jeu de Meunier (en haut) et Kurzawa (en bas) en première période. Gâchis.
Ce fut dans un des rares offensives menées sur l'aile par Neymar que les parisiens trouvaient la faille. Un simple redoublement avec un  Rabiot qui piquait dans la surface adverse et le brésilien trouvait le poteau rentrant de Mandanda.

Seconde période :

Les parisiens reprenaient  la seconde période en mettant le pied sur le ballon. L'OM n'avait plus les moyens physiques d'effectuer un pressing haut et était s'organisait défensivement avec 2 lignes de 4 + Payet et Mitroglou en charge de perturber le jeu parisien. Il y avait dû y avoir un recadrage à la mi-temps car Meunier montait davantage et Mbappé occupait plus franchement le côté gauche. L'incapacité parisienne à se créer des occasions fut d'autant plus frappante que si l'OM fut discipliné, elle ne fut pas particulièrement performant défensivement (34% de tacles réussis seulement sur 52) à l'exception notable de Gustavo. Mais, Paris souffre toujours autant offensivement face à des équipes regoupées, Mbappé n'est alors plus dans son éléments et Neymar rechigne depuis quelques matchs à provoquer balle au pied ses adversaires là où ça compte, c'est à dire dans les 30 mètres adverses.

Les changements opérés par Emery n'améliorèrent pas la situation. Draxler entra à la place de Thiago Motta (enfin) mais Rabiot dut coulisser au centre du milieu parisien et ne créa plus rien offensivement alors qu'il était l'un des rares à pouvoir créer du danger.

La "performance" défensive de Motta (un tacle réussi, un duel aérien gagné, 0 interception).
Source Squawka.
Bref, on s'acheminait sur un triste match nul (1 tir de chaque côté depuis la reprise) jusqu'à la 78ème minute où le match s'emporta. Sur un corner, Rabiot se fit chiper le ballon par N'Jié, entré quelques minutes plus tôt, qui centra pour un Thauvin efficace. Une fois encore, on put s'apercevoir de la passivité défensive parisienne, aucun défenseur du PSG ne venant couvrir son milieu. Dans la foulée, Neymar se fit expulser et un Cavani malin et talentueux venait sauver un point pour Paris avec la complicité bienveillante de la barre. La fin de match récompensait les joueurs les plus combatifs.

Conclusion : même si Marseille a joué avec volonté et organisation, on ne peut pas dire non plus que la performance tactique des olympiens fut impériale. Sauvé par 2 jolis coups bien exploités, l'OM peut cependant trouver des raisons collectives d'espérer. Quant à Paris, au-delà des problèmes d'attitude mis en lumière par les déclarations post-match de Mbappé, il s'agit bien de problèmes d'organisation tactique et de complémentarité. Il est temps que qu'Emery reprenne son équipe en main et recrute 1 ou 2 VRAIS milieux de terrain en lieu et place de quelques éléments offensifs pléthoriques. Les poteaux ne ramèneront pas toujours des points de l'extérieur.

La séquence pressing la plus intense de Mbappé
(sur l'arbitre après la "main" d'Amavi)

dimanche 3 avril 2016

Bayern - Juve : l'ombre d'un doute pour Kaizer Pep

L'affrontement à l'Allianz Arena a donné lieu à l'un des plus beaux matchs de Ligue des Champions de ces dernières années où talent, tactique et physique se sont affrontés sans répit.

Pourtant, les 2 équipes étaient diminuées : le Bayern était privé de ses défenseurs centraux (Badstuber, Boateng, Javi Martinez) et de Robben. Chiellini et surtout Dybala manquaient à l'appel côté Juve.

Le Bayern se présentait en 4-3-3, la Juve, on y reviendra dans un 4-5-1, qui évolua souvent en fonction du pressing et du dispositif défensif de la vieille dame.

Première mi-temps :  l'élément clé du début de première mi-temps fut la pression que mit la Juve sur l'arrière garde du Bayern. Outre Morata, Pogba et Cuadrado montaient sur l'arrière-garde Munichoise et le positionnement haut de l'ensemble des lignes inhibait les possibilités de passes vers les latéraux. D'habitude, les bavarois s'en sortent grâce à 2 stratagèmes :
  • le jeu au pied de Neuer : il suffit de passer le ballon au gardien allemand pour qu'il trouve un joueur décalé, habituellement un latéral. 
  • Xavi Alonso décroche pour offrir une solution entre les 2 centraux (un classique dans les équipes de Guardiola). 
Mais là, problème, d'une part Morata n'hésitait pas à presser Neuer pour combler les angles de passe. En outre, Khedira montait pour presser Xavi Alonso et ce fut tout le jeu patient de construction depuis l'arrière bavarois qui fut perturbé.

Même si le premier but n'est pas directement issu du pressing, il souligne la présence massive des joueurs de la vieille dame dans le camp bavarois, avec une relance ratée de Neuer devant Lichsteiner qui trouve Pogba. Ce fut pire à la 22ème quand Khedira récupéra une passe de Neuer pour lancer un Morata signalé hors-jeu de façon erronée.

Défensivement, la tactique de la Juve fut d'occuper les ailes afin d'empêcher Douglas Costa et Franck Ribéry de combiner avec leur latéral : on eut ainsi souvent de situations en 5-4-1 (avec ou même 6-3-1 afin de bloquer la  progression du Bayern :

  • Sandro descendit ainsi très bas tandis qu'Evra glissait plus au centre (sur Costa)
  • plus rarement, Cuadrado avec Lichsteiner. 
Au bout d'un quart d'heure de jeu, le Bayern prit acte de l'encombrement des ailes et Ribéry, notamment, se recentra pour tenter de trouver des solutions. 

Ribéry (1-15ème) : ailier


    Ribéry ((16-45ème : central)

Ce repositionnement du français, s'il permit aux bavarois de dominer le centre du terrain eut pour effet indirect de libérer Cuadrado ce qui fut fatal sur le second but de la Juve, après un ballon récupéré aux 20 mètres et un raid solitaire de Morata.

Ce but mit en évidence la nullité des défenseurs allemands dans le 1 contre 1. C'est un fait connu que les défenseurs de Guardiola travaillent peu le duel mais dans ce 1/8ème, on eut parfois l'impression que Morata jouait face à des enfants (et cette impression se confirma en début de seconde période). 

La Juve faillit enfoncer le clou toujours grâce à Cuadrado juste avant la mi-temps mais Neuer se rappela opportunément qu'il était l'un des meilleurs gardiens du monde. 

La Juve finissait la mi-temps à 0-2 et il n'aurait pas été scandaleux que le score s'établisse à 0-4 tant les allemands avaient semblé impuissants, avec une seule action franche à leur actif. 

Seconde période : Bernat remplaça Benatia à la mi-temps mais le modèle du match ne changea guère pendant le premier 1/4 d'heure. Le Bayern,domina la possession mais  Morata continua a terroriser en solitaire la défense allemande. 

Toutefois, il état évident que la Juve ne pouvait pas tenir un tel pressing pendant 90 minutes et allait fatalement reculer de plus en plus. Le changement le plus marquant intervint à la 59ème : Coman remplaçait Alonso et Douglas Costa devenait milieu droit. 

Cela permit au Bayern d'avoir 2 joueurs offensifs sur le côté droit et de créer le surnombre avec l'apport du latéral et cela créa un problème insoluble pour les turinois. L'apport du brésilien dans nouveau rôle fut éclatant, centreur sur le premier but de Lewandowski. Il faillit réitérer son centre vers le polonais hors jeu et frôla la transversale sur une frappe.

Face à cette nouvelle configuration, Allegri ne sut pas réagir et ne reconfigura pas son équipe se contentant d'amener du sang frais; L'erreur fut sans doute de faire entrer Mandzukic : sur le papier le croate peut être un bon joueur d'appui et tenir le ballon en attendant ses co-équipiers. Malheureusement, à la 70ème minute, plus de Pogba ou de Cuadrado pour servir de relais et Mandzukic, lent, ne put pas créer le danger ce qui renforça la capacité des allemands à se jeter à l'assaut. Ce fut Vidal, nominalement milieu le plus reculé; qui récupéra le ballon aux 20 mètres face à Evra.  Allegri réagit à la toute fin du match en remplaçant un Cuadrado épuisé par Pereyra plus central mais le jeune argentin n'eut pas l'influence du colombien. 

Prolongation : on donnait peu cher de la peau de la vieille dame mais celle-ci vendit encore chèrement sa peau. Depuis l'entrée de Pereyra, la Juve jouait en 5-3-2 et en appuyant Mandzukic, elle se permit même de créer le danger dans la surface bavaroise. Toutefois, à force de domination, une erreur défensive était de plus en plus ene plus probable et ce fut finalement sur un ballon mal dégagé que le dernier entrant Alcantara combina avec Müller pour donner l'avantage aux locaux. Coman enfonça le clou peu après dans un raid solitaire. Le Bayern trembla encore un peu sur quelques ballons aériens mais tenait sa qualification.

Conclusion : la Juventus a porté un éclairage cru sur quelques faiblesses du Bayern de Guardiola, jetant un doute sur la capacité des bavarois à triompher dans cette compétition qui est leur objectif ultime. La survie du Bayern n'a tenu qu'à un fil : peut-être la profondeur du banc turinois et l'entrée d'un Mandzukic peu à l'aise. Allegri a maintenant tout le loisir de préparer la saison prochaine et de consolider son titre en Série A. 
 

vendredi 11 mars 2016

Chelsea - PSG : centralité vs pressing

Le PSG a franchi le cap des 1/8ème de finale pour la 4ème fois d'affilée. La victime s'appelle Chelsea et maintenant Paris devra sans doute affronter les cadors européens pour espérer franchir un palier.

Composition : le PSG se présentait en 4-3-3. Marquinhos prenait la place d'Aurier et Rabiot celle de Verratti. Chelsea possédait la même composition qu'à l'aller en 4-2-3-1, à l'exception de Kenedy, en latéral gauche.

Première mi-temps : le fait principal de la première mi-temps fut la centralité avec lequel joua le PSG. D'entrèe, les parisiens avaient décider de tenir le ballon et pour ce faire utilisaient la méthode suivante :

  • relancer depuis l'arrière en essayant de construire. Cela fut fait avec des fortunes diverses, quelques ballons furent perdus dans des zones dangereuses. 
  • dominer le centre du terrain ; nominalement sur les côtés Di Maria et Lucas se recentrèrent constamment, laissant les flancs aux seuls Marquinhos et Maxwell. Di Maria, notamment se mêla au jeu jouant plus comme un quatrième milieu. 
  • Comme d'habitude, Ibrahimovic décrocha pour offrir une solution de relance à ses milieux. 
  • Motta et Rabiot dominèrent les débats au centre du terrain, en jouant près l'un de l'autre et faisant parler leur technique, avec l'apport de Silva et Luis en cas de pressing.
Di Maria, nominalement ailier droit (source fourfourtwo)

Au début du match, Chelsea fut plutôt heureux de laisser le ballon aux parisiens en s'installant dans son camp et en pressant par moment : d'une part, le fait de jouer en contre n'était pas pour déplaire aux anglais comme le montra un ballon perdu par Rabiot à l'orée du match. D'autre part, les locaux avaient largement le temps de marquer pour remonter leur retard.
Les blues se montrèrent cependant assez nerveux face à la domination parisienne. Le duo du milieu Obi Mikel et Fabregas n'arriva pas pas à contrer suffisamment par maque de rapidité et d'agressivité. Chelsea adopta vite une espère de marquage individuel assez lâche, qui vit les 2 latéraux se recentrer progressivement pour perturber les ailiers parisiens, très en verve en début de rencontre (notamment Di Maria, 3 frappes pendant le premier 1/4  d'heure). Le but parisien vint donc de ce simple fait. Kenedy déserta son côté pour suivre Di Maria. L'argentin, trouva Ibrahimovic décalé sur le côté et complètement seul (Cahill n'osa pas le suivre dans son déplacement pour ne pas déserter sa surface). Celui-ci trouva intelligemment Rabiot, qui plongea au second poteau. 

Le but parisien obligea Chelsea à se montrer plus agressif au pressing : les londoniens remontèrent d'un cran et tentèrent de perturber davantage le jeu parisien, notamment le duo Rabiot / Motta. Willian, notamment, s'occupa de Motta et fut le londonien le plus perturbant. Assez vite, la sanction tomba : sur un ballon récupéré par Pedro sur Motta, WIllian trouva Diego Costa, qui enrhuma Thiago Silva et remit les londoniens à hauteur. 

Rabiot : le jeune parisien fut le janus de cette seconde mi-temps. Sa différence avec Verratti sauta aux yeux : moins à l'aise et moins complice avec Motta que le jeune italien, il perdit 1 ou 2 ballon près de son but et fut l'auteur d'une passe assez dangereuse pour Motta sur l'égalisation londonienne. Cependant, il eut le mérite d'être extrêmement dynamique défensivement et, surtout, de se porter devant  dès que l'occasion se présenta, comme sur l'ouverture du score. 

Après l'égalisation de Costa, les parisiens se montrèrent de plus en plus nerveux. S'ils dominaient la possession, ils e mirent à multiplier les fautes, dès que leurs adversaires s'emparaient du ballon, en général dans leur moitié de terrain.

Les récupération des Chelsea : très dangereuses en première période (source fourfourtwo)
Seconde période :

La seconde période reprit sur le même tempo  mais avec des parisiens plus prudents et moins dominateurs dans la possession. Chelsea éprouvait pourtant le plus grand mal à se montrer dangereux sur une attaque placée et le match prenait une allure d'affrontement à haute intensité, avec des londoniens situés de plus ne plus haut. A la 59ème minute eut lieu le premier tournant du match : Diego Costa dut sortir victime d'une blessure musculaire et son remplaçant, Traoré n'eut pas l'impact du bad boy hispano-brésilien. Toutefois, en s'insérant mieux dans le jeu de ses coéquipiers par ses décrochages, il fut impliqué dans la construction de la meilleure occasion de Chelsea, après un bon travail de Willians (4 tirs de suite - 66ème).

Dans la foulée, Chelsea allait de nouveau perdre le fil sur une erreur de ses latéraux. Sur un ballon errant au milieu, Azpi n'était pas assez vigilant et laissait s'enfuir Di Maria, lancé par Motta, qui centrait impeccablement pour Ibra.

A 1-2, le matche était fini, Chelsea devant marquer 3 buts en 20 minutes.

Conclusion : le résultat est plutôt flatteur pour Paris qui a dominé un gros 1/4 d'heure avant de conserver la possession mais de subir les coups de boutoir de Chelsea. Pour les parisiens, cette qualification a mis en évidence la qualité de leur finition mais également leurs difficultés à poser leur jeu lorsqu'ils sont mis sous pression. Qu'en sera-t-il en 1/4 face à une équipe qui leur contexte la possession (Barça / Bayern) ou qui est simplement extrêmement pénible à jouer (Atletico) ?

Footballistico

dimanche 22 novembre 2015

Nice humilie l'OL

Pour la reprise de la L1 après les tragiques attentats de Paris, les spectateurs de l'Allianz Riviera ont eu droit à un joli spectacle dominé par les jeunes troupes de Claude Puel,

La plupart des médias ont trouvé des explications psychologico-motivationnelles à la débâcle de l'OL. Pourtant, une simple analyse tactique 4-4-2 losange vs 3-5-2 (alliée au talent des niçois)  est sans doute plus pertinente.

Les 2 équipes souffraient d'absences conjuguées et devaient bricoler avec leur 11 de départ :

  • l'OL avait donc conservé son 4-4-2 losange mais faisait reculer Gonalons en défense centrale aux côtés de Yanga-Mbiwa (Umtiti et Bisevac étaient sur le flanc).
  • Toujours sans Alassane Pléa ni Bodmer et devant se passer des services Wallyson, Claude Puel avait décidé de passer en 3-5-2 plutôt que de forcer des joueurs à occuper des postes à contre-emploi. Simple adaptation ou coup de génie, cette décision allait se révéler cruciale dans le déroulement de la partie.
Première mi-temps : les choix de Puel eurent une conséquence qui fut visible dès le début du match : 
  • Lyon dominait le centre du terrain en 4 contre 3 et pressait assez haut pour perturber les relances niçoises. Ce fut visible dès la 4ème minute où Claudio Beauvue hérita d'un ballon récupéré aux 25 mètres par (au-dessus).
  • mais, dès le premier rideau franchi les aiglons lançaient leurs joueurs de couloir, Hult et, surtout, Jérémy Pied (le grand bonhomme du match), qui se retrouvaient sans opposition jusqu'au latéral adverse et qui n'hésitait pas à tenter leur chance, souvent en 1 contre 1. 
Ce déséquilibre conjugué avec le manque d'expérience des défenses centrales donna un match vif et animé dans lequel l'équipe la plus réaliste prendrait l'avantage.

Ce faillit être l'OL qui, après un ballon via le centre, vit Lacazette échouer sur le poteau. La défense à 3 des aiglons, formée aux deux tiers de latéraux s'écartait dangereusement. L'OL ne le savait pas encore mais il venait de gâcher ses 2 meilleures occasions du match (12ème). Peu de temps après, Nice, ressorti un ballon vers Pied (encore), et après un échange de passes incroyable (15), Séri perfora au centre et donna à Germain. 

Sur ce but, les niçois avaient parfaitement su exploiter la faiblesse inhérente au 4-4-2 losange : son manque de largeur, en baladant le bloc lyonnais de droite à gauche, avant d'enfoncer le clou au centre, Séri se retrouva tout seul face au fragile Darder. 

La construction du premier but Niçois : le "Barça de la riviera"
(source Fourfourtwo)
Evidemment, le simple face à face de 2 dispositifs ne dit pas toute l'histoire : l'OGCN exploita parfaitement la centralité lyonnaise grâce à 2 stratagèmes :
  • des longs ballons donnés latéralement côté opposé à Pied et Hult, qui mangeait la craie, ce qui donna des espaces incroyables aux 2 joueurs de couloir,
  • parallèlement, les 2 attaquants niçois, principalement Ben Arfa, qui se déplaçaient vers l'aile pour donner des solutions plutôt que de viser la surface en attendant le centre. Assez souvent, ce procédé offrit des situation de 2 contre 1 à l'aile (13 passes reçues par Ben Arfa de Pied, 14 dans l'autre sens).
Les passes reçues par Pied. Notez le nombre de longues transversales
(source Fourfourtwo).
Enfin, il faut évidemment souligner la qualité du jeu niçoise à tel point que même Ben Arfa, soliste, se fondit dans le collectif avec bonheur. 

L'OL eut du mal à réagir : fallait-il presser et s'exposer aux remontées de balles rapides des niçois ou bien combiner patiemment pour tenter de profiter de l'inexpérience de la défense locale ? En fait, les gones se montrèrent incapables de prendre le jeu à leur compte après l'ouverture du score : obligés de courir après les ballons poussés à l'aile, ils éprouvèrent des difficultés à prendre le dessus sur un bloc niçois, descendu plus bas et ce fut plutôt l'OGCN qui sembla en mesure de porter l'estocade, notamment sur un joli ballon, donné par Pied (encore) dans la surface pour Séri, qui échoua sur Lopes. 

Seconde période : on pourra sans doute reprocher à Hubert Fournier de ne pas avoir changer des choses à la mi-temps tant son équipe semblait fragile en fin de première période.  Le schéma se reproduisait dès le retour des vestiaires. Certes, la bourde de Yanga-Mbiwa aida les niçois mais l'action vint une fois de plus sur un décalage côté droit de Pied qui centra. 

On peut toujours se demander pourquoi Morel ne couvre pas mieux Pied en position d'ailier. La raison en est simple : souvent le joueur de couloir niçois recevait le renfort d'un de ses 2 attaquants, et la latéral lyonnais fit systématiquement le choix de se rapprocher de Yanga-Mbiwa pour le couvrir et renforcer le centre de la défense. Un choix logique, qui se révéla désastreux. 

A 0-2, l'OL demeura totalement inoffensif. Maintenant, Nice pouvait reculer franchement, ne laissant souvent qu'un seul attaquant en pointe. A la 64ème minute, Hubert Fournier reconnut son erreur et passa en 4-3-3 en remplaçant Beauvue et Darder par les jeunes Cornet et Del Castillo. On ne saura jamais si cette nouvelle organisation aurait pu donner plus de pertinence au système lyonnais car, sur un contre, Nice acheva son travail. Encore une fois l'action fut barcelonaise. Après un long ballon dans la profondeur pour Germain, l'action se déplaça de l'autre côté du terrain et s'acheva une fois de plus vers Jérémy Pied qui remit tranquillement vers Koziello seul à 12 mètres. 

La fin du match fut sans intérêt : seul le remplacement de Niklas Hult, perclus de crampes, indiqua à quel point les hommes de couloir de Puel furent sollicités en effectuant des grandes courses de 30 mètres pour terroriser leurs vis-à-vis. 

Conclusion : week-end après week-end, Nice montre qu'un autre football est possible en France, avec des gringalets de 18 ans (Koziello) qui se la jouent Iniesta ou des solistes qui se mettent au service du collectif (Ben Arfa). L'OGCN doit apprendre à mieux appréhender les matchs avec des défenses regroupées et pourra constituer alors une alternative sympathique et crédible aux grosses cylindrées du championnat (hors PSG). 

dimanche 25 octobre 2015

Arsenal - Bayern : les gunners à contre-emploi

Un match étrange avec des gunners à contre-emploi. La première défaite du Bayern, cette année mais qui témoigne des échecs répétés du club bavarois en Ligue des Champions sous l’ère Guardiola.

Pour les gunners, prendre au moins un point était une question de survie dans cette LDC après 2 défaites. Wenger avait sélectionné un 4-2-3-1 "modifié" (voir plus bas) avec Walcott en pointe, pour donner de la vitesse à son attaque. Le Bayern, toutjours privé de Robben évoluait en 4-3-3, avec Xavi Alonso à la baguette.

Première période : Arsenal pressait d'entrée à 4 mais allait vite laisser le ballon aux Bavarois. Au bout de 10 minutes, le match adoptait sa physionomie, qu'il n'allait quasiment plus quitter jusqu'à la fin :





  • les gunners défendaient la plupart du temps bas, avec 2 lignes de 4 mais une variante. Özil descendait à gauche et laissait Alexis Sanchez plus haut et excentré dans la zone de Philipp Lahm. 
    Avancé, face à Lahm, Alexis Sanchez laisse ses 4 compères du milieu
  • de l'autre côté, Cazorla, nominalement au centre, se déplaçait très vite vers l'aile pour empêcher les combinaisons Bernat / Douglas Costa, laissant Ramsey prendre l'intérieur. 

Cazorla est le milieu le plus écarté. Ramsey  a pris l'intérieur
  • les gunners restaient assez compacts, laissant peu d'espace entre les lignes et glissant d'un côté à l'autre pour gêner les allemands, surtout la ligne du milieu.
    • par accoup, le trio offensif mettait la pression sur la relance allemande mais cela sembla davantage destiné à freiner la remontée du ballon qu'à le récupérer

    Offensivement, les anglais comptaient sur leur adresse et sur la rapidité de Walcott pour se sortir du pressing et porter rapidement le danger sur le but de Neuer. Sur le côté gauche, Özil jouait proche de Sanchez et cherchait à combiner pour remonter rapidement le ballon. Lahm fut très prudent durant toute la partie et, averti du danger, préféra abandonner son rôle offensif. 


    Le Bayern sembla quelque peu décontenancé par cet attentisme. Néanmoins, tenir le ballon et être patient ne fait pas peur aux protégés de Guardiola. On vit ainsi de longues séquences de jeu, où Xavi Alonso fut le métronome du jeu bavarois en passant le ballon de gauche et de droite. Les allemands eurent cependant du mal à pénétrer l'épais mur londonien, la faute à un jeu trop lent pendant les phases de possession.

    Sur les ailes, le jeu bavarois ne put pas se dérouler comme convenu même si Douglas Costa se montra dangereux en un contre un face à  Bellerin à au moins 2 reprises.

    • à gauche, la complémentarité entre Bernat et Douglas Costa ne fut jamais évidente. On vit ainsi les 2 joueurs tout à tour lever les mains en étant oublié par leur partenaire dans les séquences de jeu de dédoublement potentiel. Ce fut le cas à la 41ème quand l'espagnol tenta une frappe, contrée, oubliant, son partenaire toatalement seul à l'aile.
    • sur l'aile droite, la prudence de Lahm isola Müller qui ne sembla jamais dans le coup. 
    En fait, les meilleures occasions bavaroises furent concédées par des pertes de balle des gunners, souvent bêtes, comme à la (42ème) ou sur des séances de pressing ratées (28ème). En face, les anglais réussirent à se procurer quelques occasion, dont la meilleure du match, sur une tête de Walcott, miraculeusement arrêté par Neuer. Néanmoins, ils ne surent pas exploiter pleinement les bonnes situations, la faute à une ligne défensive allemande jouant bien le hors-jeu et à un manque de lucidité de Walcott pour trouver ses partenaires.

    Seconde période : dès la reprise, les allemands intensifiaient leur possession. Le premier 1/4 d'heure vit même le pourcentage le plus élevé de la partie (75%). Les anglais étaient privés de ballon et recroquevillés dans leur camp. Les allemands obtenaient des occasions, pas forcément sur des actions bien construites mais sur des tirs de loin. Patients, ils pensaient sans doute que la mire finirait par se régler ou qu'un londonien finirait par faire une erreur.

    Le premier changement de la partie n'eut guère d'impact sur le match. Lors d'une rare séquences de pressing des anglais, Ramsey se blessa et fut remplacé par Oxlade-Chamberlain. Nominalement plus offensif, le jeune anglais n'eut guère d'impact sur la partie mais officia courageusement défensivement. Les changements suivants, en revanche, changèrent le cours de la partie. 

    Guardiola introduisit à la 70ème Rafinha et Kimmich à la place de Xavi Alonso et d'Arturo Vidal. Ces changements nécessitèrent une modification tactique côté bavarois : Rafinha prit la place de Lahm glissa au milieu. Cette énergie renouvelée au milieu de terrain procura la meilleure occasion du match : suite au pressing bavarois, Lewandowski hérita d'un ballon aux 20 mètres mais perdit son face à face face à Cech (excellent, d'ailleurs).

    Entretemps, Giroud était entré, Le français offrait à ses co-équipiers une façon nouvelle de sortir le ballon très peu "gunners style", des longs ballons devant. Le français fut aidé car Alaba malgré ses grandes qualités n'est pas très doué dans les grosses luttes aériennes.

    Les passes reçues par Giroud. Longues (source fourfourtwo)
     
    Le but d'Arsenal est sans doute atypique, il fait suite à un coup-franc, alors que les bavarois ne commirent que 6 fautes (2 seulement dans leur camp) et à une erreur du meilleur gardien du monde. Néanmoins, malgré ses exploits, Neuer commet parfois de grosses boulettes (une constante apparemment chez les gardiens allemands, parlez-en à Trapp). En outre, Alaba, situé derrière lui, n'est pas le meilleur central de la tête. 

    Dans les 10 dernières mintues, les bavarois furent incapables de mettre une pression sur le camp d'Arsenal. Les équipes de Guardiola sont souvent épuisées en fin de rencontre à cause du pressing intense qu'elles mettent sur l'adversaire et cette partie ne fit pas exception. Les gunners en profitèrent pour mettre un second but et dissiper les soupçons de victoire volée suite à la main probable de Giroud.

    Conclusion : même si la victoire aurait pu tourner en faveur du bayern, Arsenal a impressionné par sa discipline et sa patience dans un rôle qu'on lui connaît mal. Les londoniens ont déroulé une partition classique face au Bayern mais qu'ils ont impeccablement récitée. Quant aux bavarois, les doutes resurgissent sur la capacité de cette équipe à vaincre dans les grandes occasions, en dehors des frontières allemandes. 


    Footballistico

    dimanche 18 octobre 2015

    ASM - OL : la fin du big four à la française

    Il est toujours triste de constater que 2 belles écuries de L1 ont reculé par rapport à l'année dernière. Pourtant, tel est bien le constat. On ne peut pas parler de spectacle indigent mais entre les départs et les absents, il est peu probable que l'ASM et l'OL viennent chatouiller le PSG cette saison.

    Les locaux se présentaient en 4-3-3 avec Lemar à gauche du trident composé avec Moutinho et Pasalic. L'OL affichait son 4-4-2 losange avec Valbuena à la baguette derrière Lacazette et Beauvue.

    Première mi-temps : Lyon commença le match très fort en axant notamment ses attaques sur le côté gauche (Tolisso / Rafael). Monaco fut impuissant à poser son jeu. Pourtant, en dépit de sa domination (69% de possession) l'OL se montra incapable de porter le danger sur les buts monégasques : la faute à un défaut récurrent. des gones, leur incapacité à écarter le jeu et leur empalement sur la défense monégasque :

    • par essence, le 4-4-2 losange est un dispositif "central" avec les ailes occupées uniquement par les latéraux.
    • Rafael, placé à gauche est pourtant droitier ce qui l'empêcha de déborder et centrer. Il fut pourtant le latéral le  plus dangereux en se remettant sur son bon pied mais cela eut tendance à ralentir le rythme dans les 30 derniers mètres. 
    • La manque de complémentarité de Beauvue et Lacazette. L'ancien guingampais se positionna souvent sur l'aile gauche et fut le plus souvent ignoré par ses coéquipiers. 
    Défensivement, l'ASM opposa simplement 2 lignes de 4, avec Cavaleiro demeurant plus haut placé pour bloquer Jallet et Traoré. L'ASM attendit souvent tranquillement de récupérer le ballon puis de placer des banderilles en contre. 

    Le jeu de l'OL s'étiola au fur et à mesure que la mi-temps avança. Valbuena perdit petit à petit son influence sur le jeu et Monaco mit en place son jeu plutôt placé sur les ailes :
    • soit un jeu rapide sur Cavaleiro, qui attaquait Jallet en 1 contre 1, 
    • soit en passes courtes en triangles sur l'aile gauche Silva / Pasalic / Fabinho
    Le plan de jeu de l'ASM était assez simple : récupérer bas et progresser verticalement vers Lemar ou Cavaleiro ou, en cas d'impossibilité, balancer des ballons latéraux vers Fabinho ou Silva et progresser en passes courtes. Dans les 2 cas, l'objectif était de centrer (17 centres en première mi-temps contre 5 à l'OL) pour profiter de la présence physique et des 2 M 03 de Traoré. Un des problèmes de l'ASM fut l'incapacité paradoxale de leur avant-centre à profiter de sa taille pour prendre le dessus. 

    Les duels aériens de Traoré (4 perdus pour un seul gagné). Paradoxal. (source 442).
    Ceci dit l'ivoirien se dépensa sans compter et perturba la relance lyonnaise, avec l'aide de Lemar ou de Cavaleiro. Cela obligea Gonalons à descendre très bas pour toucher le ballon, ce qui diminua le rythme offensif lyonnais. 

    Moutinho : le portugais fut le grand bonhomme de l'ASM. A la fois intelligent défensivement (4 interceptions) et offensivement (4 dribbles sur un total de 5 pour l'ASM), il fut surtout capable d'orienter le jeu soit verticalement, soit latéralement et permit à son équipe de soutenir la pression et de porter le danger sur la cage de l'OL. 

    Lyon subissait de plus en plus et les meilleures occasions furent monégasques. Le but de Pasalic intervint sur un corner et une erreur de Lopes mais vint couronner la bonne demi-heure des locaux.

    Seconde période : l'entrée de Ferri et de Ghezzal redonna de l'impulsion à l'OL. Le jeune attaquant, surtout, s'intégra davantage à la construction offensive de son équipe et lui apporta sa technique. Cependant, sans changement de dispositif, le principal problème de l'OL, jouer uniquement centralement, empira et après 10 minutes de forte pression, l'ASM recommença à sortir le ballon de façon propre. Peu après, Wallace fut exclu et cela changea le cours du match. 

    Les dribbles de l'OL, pas maladroits mais trop central
    En théorie, avec 25 minutes à jouer, à domicile, l'ASM avait de grandes chances de tenir le résultat et ce fut le cas  pendant presque un quart d'heure, Lemar passant arrière gauche pendant qu'Echiéjilé glissa au centre, soit un 4-4-1. Pourtant, 2 changements allaient décider du match : d'une part Cornet remplaça Yanga-Mbiwa et l'OL passait en 3-5-2. La seconde fut la sortie, à la 81ème, de Traoré, visiblement éprouvé. Brutalement, l'ASM se retrouvait exposée directement au milieu de terrain et dominée numériquement dans cette zone de jeu. A force d'appuyer, l'OL se procura des situations dangereuses très proches de la surface adverse et trouva la cadre sur un ballon mal repoussé de nouveau sur corner. Les gones auraient même pu l'emporter dans les dernières minutes tant leur domination fut écrasante (8 tirs dans les 10 dernières minutes, soit presque 50% de leur total sur la rencontre). 

    Conclusion : les 2 équipes sont apparues avec des faiblesses qui semblent rédhibitoires pour jouer les premiers rôles. Privés de Fekir, les gones manquent cruellement de créativité et de complémentarité de leurs 2 attaquants, ce qui donne l'impression d'une belle mécanique impuissante. Quant à l'ASM, Martial et Abdenour les ont laissé orphelins aux 2 bouts du terrain (défense centrale et avant-centre). La saison dernière avait donné l'illusion d'un big four à la française (ASM, OL, OM et PSG). Nous avons un big one. 

    dimanche 27 septembre 2015

    Le Celta corrige le Barça


    Battre le Barça relève toujours de l'exploit pour une équipe "moyenne" de Liga mais dominer le Barça dans le jeu grâce au talent de ses attaquants est très rare. Il s'agit donc bien d'un exploit pour les galiciens.

    L'équipe entraînée par l'ancien défenseur argentin Berizzo (auteur d'un passage fugace à l'OM, une manie décidément) se présentait en 4-4-2 avec Iago Aspas en pointe et l'ancien pensionnaire de L1, Daniel Wass, à ses côtés. Côté catalan, Jordi Alba absent, Mathieu prenait sa place côté gauche de la défense et Sergi Roberto était préféré à Rakitic.

    Première mi-temps : le Celta prenant immédiatement le contrôle des opérations, grâce à un pressing haut et à des transmissions de balle rapides. On se frottait les yeux tant le Barça ne voyait pas la balle (59% de possession pour les locaux dans les 10 premières minutes) et les "celticos" plantaient même quelques banderilles. Assez vite, cependant le Barça allait reprendre le ballon et le match prenait un rythme moins frénétique. A ce moment, le dispositif défensif du Celta se mit en place et celui-ci est fort intéressant à plusieurs titres :

    • la disposition en 3 lignes 3-2-4, Daniel Wass, descendant au niveau des 2 ailiers et marquant le plus souvent Busquets, Comme la défense à 4 du Celta était très compacte, cela donnait au dispositif un côté entonnoir, où les catalans se sont souvent engloutis. 
    • un harcèlement constant du blaugrana en possession de la balle. Dès la transmission, le joueur celtico le plus proche montait sur le catalan pour lui disputer le ballon, ce qui fut démontré sur le second but des locaux. 
    • une sortie de balle simple vers Nolito. L'ailier galicien fut le grand bonhomme de la première mi-temps. Il offrit surtout un conduit pour évacuer le ballon pour ses partenaires du milieu de terrain (cf. schéma). Alvés, nominalement face à Nolito ne sembla jamais en mesure de contrer la relance sur l'ailier celtico, qui mangeait la craie. 
    Les passes reçues par Nolito en première mi-temps. Craie. (source fourfourtwo)

    Ceci dit, le Celta Vigo ne s’embarrassa pas toujours d'une tactique complexe et n'hésita pas à dégager des longs ballons devant pour le seul Aspas. Ce fut d'ailleurs le maître mot de la tactique des locaux. Jouer simple et vite. Ainsi, offensivement, Orellana et Nolito provoquèrent constamment leur adversaire direct plutôt que de se lancer dans des combinaisons compliquées. On vit la défense du Barça en grande difficulté, en 1 contre 1, notamment Mathieu, face à Orellana. 

    Les dribbles du Celta. Sur l'aile droite, Orellana a mis la misère à Mathieu (source Fourfourtwo)

    Face à ce dispositif, le Barça eut du mal à se mettre dans le sens de la marche. D'une part, les latéraux ne purent jamais donner de la largeur au jeu des catalans : Alvés fut prudent face à Nolito et Mathieu, après un contrôle manqué dès la troisième minute fut incapable de créer le danger. Le pressing fut également assez lâche. Seul Messi constitua, par ses mouvements, un danger constant, notamment par ses combinaisons avec Neymar. Ce fut d'ailleurs des passes entre ses 2 joueurs, qui créèrent les 2 meilleures actions, dans l'espace. Toutefois, l'un des problèmes de Neymar fut son manque d'implication défensive. Ainsi, sur le premier but du Celta, le latéral Mallo centre sans opposition. 

    Après le second but du Celta, sur une récupération de Nolito face à Piqué, le Barça eut du mal à se remettre dans le sens de la marche. La mi-temps s'achevait avec une possession à peine en faveur des catalans et seulement 2 tirs : une misère. 

    Seconde période :

    Les catalans reprirent la seconde période sans remplaçant mais en ayant la ferme intention  de mettre la défense du Celta à rude épreuve. Plus hauts sur le terrain, les blaugranas effectuaient enfin un sévère pressing sur les celticos, qui, du coup, éprouvèrent de plus en plus de difficulté à se dégager. En 10 minutes, Messi heurta le poteau et eut un tir dangereux aux 20 mètres, soit plus d'occasions franches que dans les 45 premières. C'est sur un contre, suite à un corner en sa faveur que le Barça encaissa son troisième but, après un ballon dégagé par le gardien, Aspas se retrouva en 1 contre 1 face à Alvès et se joua de lui pour aller crucifier Ter Stegen une fois de plus. 

    A 3-0 à 35 minutes de la fin, la messe était dite mais le Barça ne lâcha pas l'affaire. L'entrée de Mounir ajouta un peu de vitesse au champion d'Europe et Rakitic (à la place de Busquets) un peu de technique. Cependant, la disparition du N°6 catalan offrit plus d'espace à Daniel Wass, qui put profiter de sa mobilité pour distiller des ballons à ses compères d'attaque. 
    Les occasions (en bleu ciel) créées par Wass en seconde période (source Fourfourtwo)

    A noter que du côté du Celta, Berizzo ne procéda à son premier remplacement qu'au bout de 75 minutes, ce qui augure d'une équipe bien en place mais qui ne sombra jamais dans la débauche d'énergie désorganisée. 

    Si Neymar inscrivit le but du Barça (sur une passe de l'omniprésent Messi), ce fut surtout le dernier but du Celta qui fut remarquable tant la passivité de la défense catalane fut immense : Mallo centre sans opposition sur Guidetti qui, aux 6 mètres, à tout le temps de contrôler et d'ajuster Ter Stegen. C'était la troisième fois que le gardien allemand se retrouvait seul face à un attaquant du Celta dans la partie. 

    Conclusion : bien sûr, on pourra dire que sur le match, le Celta n'a pas été malheureux : 4 buts sur ses 5 tirs cadrés et dieu sait ce qui se serait passé si Messi avait conclu son occasion de la 52ème minute au lieu de frapper le poteau. Néanmoins, c'est la troisième fois, cette saison, que le Barça en encaisse 4 buts. L'interdiction de recruter commence à faire mal et certains joueurs (Busquets, Piqué, Rakitic) sont très en dessous de leur performance habituelle. Un gros souci face à un Real qui semble plus fort que jamais. Quant au Celta, il exploite au mieux les recettes des budgets moyens de Liga : recruter des refusés des grands centres de formation ibériques (Nolito) et compléter avec des sud-américains teigneux (Fernandez) ou techniques (Orellana). 

    dimanche 6 septembre 2015

    Roma - Juve : la vie sans Pirlo

    Avant, à la Juve, la vie était simple. Il suffisait de passer le ballon à Pirlo et celui-ci savait en faire quelque chose :

    • soit il écartait vers les latéraux (Evra et Lichsteiner),
    • soit il tentait de trouver Tevez, assez loin devant, mais toujours en mouvement,
    • soit il poussait la balle vers ses 2 compères du milieu, Pogba et Vidal. 
    On peut dire que l'ensemble du système était construite autour du stratège italien. Pogba et Vidal offraient à la fois des solutions et de la protection pour un joueur de 36 ans peu mobile. La solide assise défensive (peut-être la meilleure du monde, l'année dernière) avec ses 3 centraux, compensait la médiocrité défensive de Pirlo. Les 2 joueurs de couloir offraient une destination simple en cas de congestion au milieu. 

    Pendant l'intersaison, la Juve a perdu 3 joueurs clés. Outre Pirlo, Vidal et Tevez ont pris la poudre d'escampette. Le problème, c'est que Massimiliano Allegri n'a pas repensé du tout son système. Il a donc positionné Padoin à la place de Pirlo et Mandzukic devant. Le seul problème, c'est que ces 2 joueurs n'ont pas du tout les mêmes caractéristiques : 

    • Padoin est un bon joueur mais il ne possède absolument pas la vista de Pirlo, notamment sur le jeu long.
    • Les passes longues de Padoin (source fourfourtwo)

    • Mandzukic est un joueur de surface, pas un joueur d'espace et il n'offrit pas l'échappatoire à ses partenaires qu'un Tevez pouvait présenter.
    De son côté la Roma se présentait dans son 4-3-3 traditionnel mais si le milieu est resté le même, devant et derrière la plupart des joueurs ont changé, donnant une touche plus jeune (Digne, Falqué) et plus offensive avec notamment Florenzi en arrière droit.

    Première mi-temps : la caractéristique principale de la première période fut le pressing intense que mirent les romains sur le milieu adverse. Outre les 3 du milieu, Salah et Falqué se recentrèrent et furent particulièrement actifs. La louve se présentait en rangs serrés, souvent à 6 dans une zone très étroite et la Juve avait toutes les peines du monde à se dégager. La première belle opportunité des romains vint d'un ballon chipé par Pjanic à Pogba aux 40 mètres, la seconde sur un mauvais renvoi d'Evra où Pjanic (encore) trouva le poteau. Il est probable que dans une telle situation, un Pirlo aurait su ralentir le tempo ou trouvé ses latéraux excentrés pour soulager un peu la pression. Malheureusement, tout en passes courtes, jamais la Juve ne sembla en position de desserrer l'étau. Obligée de défendre bas, elle fut en outre incapable de sortir proprement pour faire mener des contres décents, Dybala, notamment étant situés trop loin de ses partenaires du milieu et de Mandzukic. La vieille dame finissait la mi-temps avec 8 tirs contre elle (1 seule tentative) et avec 32% de possession. Seul bémol dans la domination romaine, Dzeko était isolé dans la défense turinoise et à part des fautes à répétition eut du mal à exister. Néanmoins, le 0-0 n'était pas cher payé pour la vieille dame. 

    Seconde période : le début de seconde période fut encore plus catastrophique que précédemment pour les visiteurs. Les romains se déchaînèrent en terme de pressing. Après une tentative de Dzeko, repoussée par Buffon, ce fut Pjanic qui trouva la mire sur un beau coup franc (60ème). Dans la minute suivante, Allegri remplaça Mandzukic mais le problème principal des turinois demeurait, l'étouffement de leur milieu. 

    Le match se durcissait ensuite, revanche d'une rencontre de triste mémoire qui avait vu 3 expulsions la saison dernière. Puis, à la 71ème, Allegri bouleversa son système en 2 temps en remplaçant d'abord Lichteiner par Pereyra (4-4-2 losange, Caceres glissant au poste de latéral droit) avant de substituer Padoin par Cuadrado (4-2-3-1 ?). On ne saura probablement jamais si le dispositif qu'Allegri avait en tête pouvait fonctionner car dans la minute qui suivit Evra fut expulsé et, sur le coup franc, Falqué, trouva la tête de Dzeko.

    Réduite à 10 et menée 2 à 0 à 15 minutes de la fin, ce fut pourtant à ce moment que la Juve se mit à jouer et plutôt bien. Repassant avec une défense à 3 (en 3-4-2), enfin, le jeu devint fluide et vertical et la Juve se mit même à prendre le dessus eu milieu. Les romains essayèrent de gérer mais la fatigue aidant, ils durent reculer et n'opposèrent plus de pressing sur les visiteurs. Les turinois auront ainsi connu 6 tentatives dans ce dernier 1/4 d'heure, plus que dans les 3 précédents. Dybala réduisait le scoren sur un ballon gratté par Peyrera et les romains n'avaient plus que les changements opérés par Rudi Garcia pour calmer le jeu. 

    Conclusion : un match passionnant tactiquement. Où comment le départ d'un joueur peut enrayer l'une des plus belles mécaniques du football récent. Où encore, comment mieux jouer à 10 qu'à 11. Pour la Juve, des leçons d'espérer tout de même, si leur entraîneur n'essaie pas de pérenniser un système qui ne convient plus à son effectif. Pour la Roma, il faudra apprendre à mieux gérer ses temps faibles et ses efforts dans un match qu'elle a failli laisser filer après l'avoir dominé de la tête et des épaules. 

    lundi 17 août 2015

    L1 : le grand retour du 4-4-2

    Tactiquement, la L1 était devenue ennuyeuse comme un jour sans pain : le 4-2-3-1 régnait en maître depuis plusieurs années (2009 environ). Il y avait bien eu la réapparition du 4-3-3, influencée par les succès du Barça mais globalement, plus de la moitié des équipes de notre championnat favorisait le 4-2-3-1 pour de bonnes et de mauvaises raisons :

    • les bonnes raisons ont trait à la domination de la possession. En retirant un attaquant, vous avez mécaniquement un joueur de plus capable de lutter pour le ballon (à l'instar de 4-3-3) et une alternative supplémentaire pour les passes. En outre, le 4-2-3-1 permet, via le carré constituer par le double pivot et les 2 défenseurs, de dicter le tempo et de constituer une plate-forme d'orientation du jeu.  
    • les mauvaises raisons sont dictées par la volonté de sécuriser la défense en plaçant une sentinelle de plus devant pour la protéger. Dès lors, le jeu offensif devient la responsabilité unique du quatuor de devant et le 4-2-3-1 devient un paravent commode pour éviter toute prise de risque.
    Et puis, le football n'évite pas les tares de l'esprit d'imitation : si ce dispositif fonctionne pour d'autres, alors, il doit bien marcher pour mon équipe. Pour rappel, le 4-2-3-1 allait vivre ses heures de gloire en 2010 avec la victoire de l'Inter de Mourinho en Ligue des Champions et la finale de la coupe du monde en Afrique du Sud (Espagne / Pays-Bas). 

    Bref, pendant la saison 2011-2012, pas moins de 13 équipes de L1 faisaient du 4-2-3-1 leur dispositif de référence (dont le champion, le Montpellier de Giroud et Belhanda), 4 opéraient en 4-3-3. Seul Lorient et Bordeaux conservaient un 4-4-2 à plat tandis que le PSG d'Ancelotti jouait dans son sapin de Noël (4-3-2-1). Il faut noter qu'à l'exception du PSG, toutes les grosses écuries du championnat (l'OL, Marseille, Saint-Etienne) privilégiaient le 4-2-3-1. Notons toutefois que ce dispositif ne constituait pas une condition de succès : les 3 relégués de cette saison jouaient en 4-2-3-1. Incidemment, seulement 11 équipes de cette période ont conservé leur place dans l'élite (en seulement 4 saisons).  

    Pendant les années suivantes, le 4-2-3-1 allait conserver sa prééminence. Pourtant, quelques pionniers dans des équipes "moyennes" allaient remettre en cause cette doxa avec des dispositifs alternatifs. Outre le 4-3-3 qui gagnait quelques adeptes (PSG), citons le Toulouse d'Alain Casanova et son fameux 3-5-2, le 4-4-2 à plat de Jocelyn Gourvennec à Guingamp (une spécialité bretonne décidément) et, surtout, l'OL d'Hubert Fournier. 

    Le néo-coach des gones décida en effet, au cours de la saison dernière, d'afficher un 4-4-2 losange avec ses jeunes pousses. Ce fut d'autant plus surprenant que lors de sa saison précédente à Reims, jamais il n'avait expérimenté un tel dispositif. Si le 4-4-2 losange n'avait jamais complètement disparu en France (Francis Gillot l'avait expérimenté à Sochaux avec Marvin Martin et René Girard au LOSC), aucune équipe n'en faisait son dispositif de référence depuis l'OL des années Juninho. 

    On peut dire que le coup de génie d'Alain Fournier donna le blanc-seing d'une grosse écurie à une (r)évolution tactique majeure dans notre championnat.

    En 2015-2016, on assiste en effet à un début de bouleversement. D'une part, le 4-2-3-1 est en nette baisse (seulement 8 ou 9 équipes l'ont utilisé lors des 2 premières journées). D'une part, les dispositifs "alternatifs" (4-4-2, défense à 3, 4-3-2-1) ont acquis de nouveaux adeptes (Nice, Nantes, Rennes, Toulouse) et d'autre part, les anciens, ont conservé leur tradition (Lorient, Guingamp, OL) à tel point que l'on voit dans notre championnat des choses devenues rares : des affrontements entre 2 4-4-2. 

    Quelles sont les raisons de cette évolution et de cette floraison de dispositifs et surtout quelles sont ses chances de perdurer ? 
    • Le football, au-delà des modes est toujours un théâtre d'action - réaction. Le dispositif tactique est simplement l'un des outils à la disposition des coachs pour tenter de l'emporter sur la partie adverse. Or, lorsqu'un dispositif se généralise, cet outil devient impuissant et les clubs en sont réduits à compter sur le talent individuel des joueurs (la négation du rôle d'entraîneur qui est de dépasser celui-ci) ou les combinaisons.
    • Du fait du manque de moyens dans un football libéralisé par l'arrêt Bosman, le 4-2-3-1 était devenu une négation du jeu offensif dans lequel les clubs un peu plus ambitieux ne pouvaient plus prendre l'ascendant à cause du manque de personnel offensif dans une rencontre. On pouvait ainsi voir un Brest annihiler un OL. Une situation qui ne pouvait pas perdurer.
    • En outre, certains coachs ont soudain pris conscience que leur effectif à disposition (2 bons attaquants ou peu de joueurs de débordement) n'était pas optimisé dans un 4-2-3-1.
    Dès lors, le 4-4-2, dans sa version losange ou à plat, redevient une alternative intéressante. 

    Quelle pérennité pour cette évolution ? Dans les championnats plus avancés tactiquement que le nôtre (comprendre : le calcio), le 4-2-3-1 n'a pas disparu. Simplement, il constitue l'une des alternatives que les coachs ont à disposition et qu'ils utilisent si leur penchant tactique ou leur effectif s'y prête. 

    Il est probable que la France suive la même évolution... voire même que les tacticiens les plus aventureux changent de dispositifs en fonction des adversaires ou de certains paramètres (domicile / extérieur). Les affrontements devraient obéir à une intensité tactique plus forte et potentiellement à des déséquilibres plus importants. 

    On devrait donc assister à un football plus varié et plus riche offensivement, en attendant qu'un tacticien génial, quelque part entre le Botswana et la Thaïlande remette au goût du jour le W-M ou le catenaccio. 

    Footballistico

    dimanche 29 mars 2015

    Clasico 2015 : l'évolution du Barça porte ses fruits

    Le Real a perdu mais le Real aurait pu gagner. Le Barça a marqué dans un style à l'antithèse du toque et du style de Guardiola. Luis Enrique a donc posé sa patte sur le jeu du Barça. Cela semble être le résultat de la tendance des grandes équipes actuelles : savoir varier le jeu et pouvoir marquer sur n'importe quelle configuration (coup de pied arrêté, contre, jeu construit). Ironie, c'est sans doute Ancelotti qui, entre la saison 2013-14 et le premier trimestre 2014-2015 a poussé cette logique au paroxysme en capitalisant sur la capacité de contre et la force sur CPA léguées par Mourinho en y ajoutant cette capacité à construire et à défier les meilleures équipes en termes de possession ou plus simplement de prendre le jeu à son compte face à des écuries modestes venues pour défendre.

    Le Barça est un cas d'école : basée sur une possession écrasante et sur un pressing intense, la belle mécanique montée par  Guardiola s'est effilochée au fil des années car elle est épuisante physiquement et au bout de quelques titres la rage de vaincre s'est émoussée. Feu Tito Vilanova a tenté de mettre en place un Barça "light" : possession mais sans pressing. Avec des résultats mitigés. C'est sous son coaching que le Barça explose littéralement (7-0 sur l'ensemble des 2 matchs) face au Bayern Munich mais face aux équipes plus faibles, son Barça était une redoutable machine (100 points pour le titre de Liga 2013)

    Luis Enrique a changé la donne sur au moins 3 points :
    • les attaquants sont les nouvelles stars. Pep Guardiola vouait un culte aux milieux de terrain jusqu'en aligner 6 ou 7 dans son équipe. Luis Enrique est beaucoup moins fan. Pour lui, chacun à sa place. Face au Real, même Mascherano est redevenu un milieu de terrain. Et la charnière centrale était occupée par 2 vrais spécialistes du poste. 
    • Sans être aussi exigeant que Guardiola, Luis Enrique demande à ses joueurs un travail défensif intense. Pas de pressing groupé autour du joueur adverse mais une contribution demandée aux 3 attaquants. 
    • Culte de l'individuel : si Guardiola prônait un jeu de passe presque infini, afin de déstabiliser les défenses, laissant au seul Messi la percussion, Luis Enrique a confié les clés aux individualités. Outre, l'argentin, Neymar est encouragé à partir de loin en dribbles chaloupés, quand Suarez hérite de longs ballons, en partant à la limite du hors jeu. 
    Lorsque l'on regarde la configuration du dernier clasico et qu'on le compare à son petit frère joué il y a 2 ans, les différences sautent aux yeux. Ici, le Real avait gagné mais l'essentiel n'est pas là. Ce jour là, le Barça, entraîné par Tito Vilanova avait réussi 649 passes et tenu le ballon 72% du temps face au Real de Mourinho (contre respectivement, 436 et 53% dimanche dernier)

    Les schémas ci-dessous (source l'excellent site fourfoutwo) montrent les différences d'approche du Barça sur 3 points : 

    1 - Les attaquants barcelonais ont le permis de dribbler et ils ne s'en privent pas :

    Mars 2013 : 16 dribbles. Only Messi.

    Mars 2015 : tout le monde dribble (et surtout Neymar)

    Bien sûr, ce jeu implique plus de risque (la perte de balle) et engendre mécaniquement moins de possession mais il oblige aussi les défenseurs adverses à commettre plus de fautes (d'où les cartons) et créent des brèches dans les lignes arrières. 

    2 - Le pressing est plus intense. En 2013, Vilanova avait cédé au vestiaire en relâchant la pression à la perte de balle. Le Barça se contentait à l'époque de faire des fautes "intelligentes" pour briser les contres à la racine, c'est à dire dans la moitié de terrain du Real. En 2015, changement de décor, tous les joueurs sont supposés contribuer à l'effort défensif. Même si le pressing est moins intense qu'à l'ére Guardiola (où plusieurs blaugranas entouraient le joueur adverse pour couper toute possibilité de passe), la ligne du Barça demeure haute afin de transmettre rapidement, idéalement à Suarez, qui plonge, avant que le bloc adverse ait eu le temps de se reformer. 


    2013 : 4 tacles dans la moitié de terrain adverse, aucune interception

    Ajouter une légende : 14 tacles, 1 interceptions

    3 - des passes plus en profondeur et qui visent à créer le danger directement. Alors que le Barça, version Guardiola tissait sa toile, celui d'Enrique est plus direct et n'hésite pas à effectuer des passes depuis sa moitié de terrain, ce qui était presque un anathème, circa 2012. 


    La passe à 10 de 2013
    (119 passes dans les 30 mètres madrilènes sur 722 tentées)


    2015. Plus perforant
    On peut donc conclure que si le Barça a sans doute perdu un peu de sa spécificité, il a sans doute gagné en efficacité. Des matches comme ceux de Dimanche soir où l'équipe catalane est dominée pendant la moitié du match mais l'emporte avec une tête sur coup de pied arrêté et un long ballon sur Suarez devrait être plus courants dans les années qui viennent. Tout le problème de Luis Enrique sera de marier les qualités de l'ancien Barça (une capacité à dominer et à priver l'adversaire de ballon, afin de conserver le résultat) et celui des équipes modernes de percussion pour pouvoir exploiter toutes les situations de but.

    En 2013, le Barça de Vilanova avait remporté la Liga avec 100 points mais en devenant trop prévisible avait engendré la déroute de l'Allianz Arena (qu'Ancelotti a réitéré cette année face au même Bayern de Pep Guardiola). Cette défaite, qui précédait la déroute espagnole au mondial brésilien, annonçait la fin du toque 1.0. Luis Enrique tente de le réinventer en le variant. Ce n'est pas là son moindre mérite.

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